‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 126 sur 151 · CHAPITRE V. 24g · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 24g

saires ( i ) y arrivèrent pour me conduire en fiacre à l'hôtel de la Force.

J'y fus enregistré y selon l'usage ; le sieur Le Beau y concierge de cette prison , me promit de me traiter avec tous les égards possibles , et me fit mettre dans la chambre appelée la chambre de Condé , où étaient déjà les chevaliers de Rhu- Hères (2) ( commandant de la garde à cheval de Paris ) et de La Chesnaye ( commandant de la garde nationale , et de service auprès de la personne du roi , le 10 août ) ; MM. Jurien (premier commis de la maison du roi et de la liste civile ) , Vochel ( premier commis du département de la guerre et du bureau d'artillerie ) , et Desmarest (académicien). Ces trois derniers furent élargis quelques jours après et remplacés par MM. Le Fauchet ( l'administrateur des poudres et salpêtres : son père, au moment de son arrestation , se brûja la cervelle d'un coup de pistolet ) , Saint- Brice ( brigadier des gardes-du-corps de Monseigneur le comte d'Artois ) , baron de Battencourt ( officier-général ) , Poupard de Beaubourg ( garde de Monsieur) , de La Merlière ( commissaire de la comptabilité ) , et Magontier ( premier valet de chambre de Monsieur ) .

(1) L'un d'eux était probablement le bourreau , car il dit à son camarade, en traversant la place de Grève : «J'ai eu hier beaucoup » à travailler ici. » W.

(2) Ce n'est point l'auteur de l'Histoire de V Anarchie de Pologne y celui-ci était mort d'un squirrhe, en 1791. ( Note des nouv> édit. )

25o MÉMOIRES DE WEBER.

La femme du concierge ayant appris des deux commissaires que j'étais arrêté pour la journée du 1 o août , en témoigna la plus grande satisfaction , en disant : « Fort bien , çà ira , eà ira. »

Le Beau , s'étant aperçu que les expressions de sa femme m'avaient affligé , chercha , aussitôt après le départ des commissaires , à me consoler ; il me représenta que je ne devais pas m'afïecter de ces démonstrations politiques commandées par les circonstances .

Les guichetiers, suivis de deux gros chiens , venaient régulièrement à sept heures du matin ouvrir les portes des prisons, et nous laissaient la liberté de nous promener à l'ombre (le deux rangs d'arbres qui se trouvaient dans notre grande cour.

Ils revenaient à huit heures du soir avec la même escorte ; et à grands cris , et aux coups redoublés d'une sonnette , ils nous avertissaient de rentrer ; ils renfermaient ensuite tous les prisonniers : nous étions obligés de pourvoir à notre subsistance et d'en payer les frais. Il se trouva, au nombre des personnes en état d'arrestation , deux cuisiniers détenus comme suspects : ils se chargèrent de notre table à raison de 3 fr. par tête.

Je passai dans cette prison treize jours qui me parurent autant de mois , et, j'ose l'assurer, les inquiétudes qui me consumaient , provenaient autant de l'ignorance où j'étais du sort de la famille royale, que de mon incertitude sur celui qui m'attendait.

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