‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 127 sur 151 · CHAPITRE y. 25 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE y. 25 I

Les chevaliers de Rhulières et de La Chesnaye me parurent également navres de douleur.

Us m'apprirent que M. de La Porte ( ministre de la maison du roi et intendant de la liste civile ), le brave Durozoi ( l'auteur de la gazette de Paris ) , et M. le baron Backmann ( major -général des gardes-suisses ) y avaient été successivement guillotinés. M. Durozoi fut guillotiné le 25 août, à la jflace du Carrousel , dite Egalité , en criant « qu'il » se faisait gloire de mourir le jour de la Saint- » Louis y pour la cause de la religion et pour celle » de son roi. » M. Backmann mourut en héros. Gomme ces trois victimes de leur fidélité n'étaient pas plus coupables que moi , et qu'aux yeux des factieux nous l'étions autant qu'eux , nous nous attendions à chaque instant à nous voir arracher des prisons pour subir le même sort.

Cependant j'échappai encore à ce danger , tandis que mes deux compagnons de captivité y succombèrent y comme je l'exposerai ci-après.

J'étais en prison depuis neuf jours > sans pouvoir deviner le sort qui m'attendait ; tout ce que je voyais , tout ce que j'entendais , n'était pas fait pour me tranquillise].

Massacre des prisonniers dans toutes les prisons de Paris y au mois de septembre 1792.

Pendant la nuit du 27 du même mois , nous avions entendu , de no tre prison , beaucoup de bruit dans la cour de la Force et dans les chambres

qui étaient au-dessus de la nôtre. Ce bruit nous avait fort inquie'tés ; nous apprîmes le lendemain , de grand matin , que notre concierge avait été enlevé par la force armée , et traîné à la barre de l'Assemblée nationale pour se justifier d'avoir envoyé au comité de surveillance un des prisonniers qui avait été mandé à ce tribunal et qui se trouva pris de vin. Dans l'état où était cet homme, personne ne sera surpris qu'il ne se soit pas servi d'expressions bien mesurées dans ses réponses. L'Assemblée , qui s'arrogeait le droit de juger même des intentions, prétendait que ceci était un coup prémédité de la part du concierge ; il parvint cependant à se disculper ; mais le prisonnier , pour expier une faute qui , dans tous les cas , ne pouvait mériter une punition bien grande , s'il eût eu des hommes honnêtes pour juges , fut condamné par le comité de surveillance à être mis au pilori.

Ce malheureux , devenu furieux de cet acte de despotisme , entra dans la plus grande colère . Il se répandit en invectives contre l'Assemblée nationale , contre ses comités et contre la populace que l'on avait payée pour le bafouer , et il fît , en descendant de l'échafaud , un geste qui exprimait énergiquement la rage et le mépris.

Cette scène avait été préparée par Robespierre ; cet homme sanguinaire cherchait à exciter le peuple contre les prisonniers , et à le porter à les massacrer tous , et faire place ainsi à de nouveaux proscrits, sans paraître encombrer les prisons.

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