CHAPITRE V
Les satellites de ce scéle'rat s'écriaient avec fureur : « Il faut la tête du prisonnier qui a osé in- )> sulter la nation ; » et ils se portèrent vers la prison pour en faire justice eux-mêmes.
Le lendemain , ce malheureux fut jugé , condamné et conduit au supplice ; mais on l'assura secrètement , un moment avant l'exécution , qu'il obtiendrait sa grâce s'il voulait dire et soutenir avec fermeté , « que tous les prisonniers étaient armés » d'une manière formidable ; qu'ils étaient en état » de faire dans peu la contre - révolution ; que » pour lui, il abandonnait la vie sans regret, parce » qu'il était sûr que ses camarades ne manqueraient » pas de venger bientôt sa mort. »
Cet infortuné n'eut rien de plus pressé que de vociférer ces menaces contre la populace , et de l'accabler de toutes ces prédictions ; mais les jacobins, qui ne voulaient se servir de ce prisonnier que pour donner à leurs brigands soldés et à la multitude un prétexte de tomber sur les prisons, ne le firent pas moins guillotiner aussitôt qu'il eut fini sa harangue. Tel fut toujours le sort de ceux que Robespierre se trouvait forcé de mettre dans ses secrets.
Animé de plus par les satellites de Marat et de Robespierre , le peuple devint tout-à-fait furieux; et ne trouvant plus les tribunaux assez expéditifs , il proclama , le 28 , dans les sections , sa souveraineté , et il se disposa , tout à la fois , à l'aide de l'armée des jacobins, à remplir les fonctions d'accusateur , de juge et de bourreau.
Pendant ce temps, les malheureux prisonniers, avertis du plan de Robespierre , s'attendaient d'un moment à l'autre à être massacres , sans pouvoir opposer la plus légère résistance. Ils passaient les nuits à écrire les lettres les plus touchantes à leur famille , à leurs amis , et à toutes leurs connaissances, pour leur dire un dernier adieu, ou les engager à travailler à leur élargissement.
Plusieurs de ces infortunés cherchèrent aussi les moyens de s'évader, et eurent l'imprudence de dire assez haut pour être entendus , qu'il serait facile d'enfoncer, avec les poutres qui se trouvaient au milieu de notre cour, le mur de la petite rue du Théâtre de Beaumarchais.
Soit que des espions eussent été chargés de nous guetter, ou que les gendarmes, qui avaient une guérite au premier étage, eussent entendu ce propos , la municipalité en fut avertie , et les poutres furent enlevées , le même jour, par une vingtaine d'ouvriers du faubourg Saint-Antoine qui, pendant tout le temps que dura leur expédition , nous lancèrent des regards terribles , et nous parurent, dans leur pantomime, comme ces muets qui précèdent le fatal cordon.
Le 5o août, les conseils officieux que nous avions demandés , d'après la loi qui en accordait à cette époque à tous les détenus , nous apprirent que les lettres à nos parens et à nos amis . n'avaient servi qu'à allumer la pipe du concierge; ils nous informèrent aussi que la guillotine avait été déclarée