CHAPITRE Y
fore , étaient sans cesse arraches de la leur, et traînés avec la dernière violence devant le triÎ3unal redoutable ; ce bruit extraordinaire redoublait nos inquiétudes; il nous fut impossible jusqu'à huit heures de nous arrêter à aucune idée. Ce fut dans ce moment que nous vîmes entrer une foule d'hommes armés dans la cour. Ils se mirent à regarder aux fenêtres, dans toutes les chambres, aurez-de-chaussée, et apercevant quatre prisonniers tout habillés sur leur lit, ils ordonnèrent au geôlier d'ouvrir la porte de cette chambre.
Ils entrèrent comme des furibonds, nous prirent au collet, nous secouèrent vivement , en nous traitant de coquins , d'aristocrates , et nous reprochant de vouloir nous cacher ; ils ajoutèrent en proférant mille blasphèmes : « Qu'ils ne nous quit- » teraient plus , et qu'ils allaient s'y prendre de » manière à savoir qui nous étions . » Comme j ignorais qu'il s'agissait, en ce moment , de marcher à la mort , je m'abaudonnai à toute l'indignation que ce traitement m'inspirait : je saisis un de ces hommes armés à la poitrine , j'en pris un autre au collet , et, en les secouant à mon tour de la manière la plus vigoureuse, je leur dis : « Le guichetier a du » vous apprendre que nous ne sommes ni des co- » quins, ni des gens à nous cacher ; vous devriez » respecter le malheur si vous aviez de l'ame , et » surtout vous rappeler que la loi défend de mal- » traiter les prisonniers sans savoir s'ils sont cou- » pables. »
Stupéfaits de ma hardiesse , ils se regardèrent un moment et me lâchèrent. Je continuai : « Un » honnête homme ne connaît pas la résistance quand » il s'agit d'obéir à la loi ; mais vous n'êtes que de » vils oppresseurs ; vous êtes armés et je ne le suis » pas ; votre conduite n'annonce que des lâches ; » je sers comme vous dans la garde nationale ; je » peux comme vous reprendre d'un instant à l'au- » tre mes armes , et c'est alors que je vous invite » à m'attaquer. »
Les guichetiers leur ayant parlé à notre avantage , ces satellites commencèrent à nous traiter avec un peu plus d'égards ; ils nous ordonnèrent néanmoins de les suivre , parce qu'il était, direntils , de leur devoir de nous conduire devant le tribunal établi dans la chambre du concierge.
Dès que nous fumes sortis de la cour , escortés chacun de deux hommes armés , je perdis de vue mes compagnons d'infortune , et ne pouvant deviner ce que signifiait la quantité de sabres nus ensanglantés que j'avais sous les jeux , et les cris , à V Abbaye , à Coblentz , à V Abbaye , avec lesquels on accompagnait de temps en temps un prisonnier à l'entrée de la rue , j'attendais mon tour avec résignation à la porte de la salle d'audience.
Il était dix heures du matin lorsque je fus introduit; je vis un homme fort replet, en uniforme de garde national y et décoré d'une écharpe tricolore , assis près d'une grande table sur laquelle étaient placés les registres de la prison de l'hôtel : à côté de