‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 133 sur 151 · CHAPITRE V. 26l · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 26l

l'homme à écharpe , qui faisait les fonctions de président du tribunal populaire , siégeait le commis des prisons , et, autour de la table, deux grenadiers, deux fusiliers , deux chasseurs et deux forts de la Halle. Voilà quels étaient les personnages qui composaient ce tribunal ; enfin beaucoup de Marseillais et d'autres fédérés remplissaient la chambre d'audience comme spectateurs.

Le président commença ainsi son interrogatoire : 0 Votre nom, votre âge, votre pays? » Il se mit ensuite à regarder dans le registre l'article qui me concernait, appelé , en terme de prison , l'écrou. Le commis de l'hôtel le lui montra du doigt ; il me parut contenir une vingtaine de lignes.

Après l'avoir parcouru des yeux , et trouvé que

j'étais détenu pour quatre crimes de lèse-nation,

et surtout pour avoir passé la nuit du 10 août au

château, il se borna (je ne sais encore aujourd'hui

par quel motif) à me faire cette question : « Pour-

» quoi avez-vous été , le g et le 10 août , aux Tui-

» leries ? » Je répondis : « J'ai servi dans la garde

» nationale de Versailles ; mais depuis quelque

» temps mes affaires m'ayant empêché de faire

» mon service , j'ai payé exactement quarante sous

» tous les jours au citoyen qui me remplaçait.

» L'Assemblée nationale ayant décrété ensuite que

» tout homme dans ses meubles serait regardé

» comme propriétaire, et à ce titre obligé de

» monter dorénavant sa garde en personne , je me

» suis fait inscrire dans la section de ma demeure

)) et y ai fait exactement le service. » J'ajoutai 1 « Depuis trois mois j'ai monté la garde , deux fois » à l'Assemblée nationale et autant de fois au châ- » teau. Ayant reçu, le g à sept heures du matin , un » billet imprimé de la part de M. Tassin ( com- » mandant de bataillon) pour me rendre sur-le- » champ au corps-de-garde, j'ai été envoyé comme » renfort avec dix-neuf de mes camarades, dans » les cours du château sous le commandement de » MM. Guicher (lieutenant) et Laurent (sousy> lieutenant), et j'y suis resté par ordre de mes » chefs jusqu'au dernier moment. »

Le président, m'ayant écouté avec beaucoup d'attention , adressa aux assistans les paroles suivantes : « Quelqu'un de vous, citoyens, a-t-il connaissance » des faits que le citoyen Weber vient d'énoncer » pour sa j nstifîcation? » Différentes personnes se levèrent pour attester « qu'elles étaient parfaitement » instruites de tout ce que je venais d'avancer , et » que je n'avais rien dit que de très-conforme à la » vérité. » Un petit chasseur surtout confirma par ses paroles et par ses gestes l'exactitude de toutes mes réponses.

« Je ne vois donc plus , dit le président , en se m levant de son siège et en ôtant son chapeau , la /) moindre difficulté de proclamer l'innocence de » Monsieur; » et il se mit à crier avec tous les spectateurs , vive la nation ! Il m'ordonna d'en faire autant; j'obéis et je criai comme eux vice la nation! {Jette seconde cérémonie terminée, le président pro~

Page 1