‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 134 sur 151 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

clama mou innocence en ces termes : « Vous êtes » libre , citoyen , mais la patrie est en danger ; il » faut vous faire enrôler , et partir sous trois jours » pour les frontières, n

Gomme je me croyais , d'après ce prononcé , entièrement hors de danger , je répondis : « Il m'est » absolument impossible , citoyen président, de me » conformer à ce dernier ordre ; j'ai une mère âgée » et infirme , une sœur malheureuse ; Tune et l'autre » ont besoin de mes secours ; elles n'ont que moi » pour appui , il faut que je retourne auprès d'elles ; » je ne puis les abandonner. »

Les deux hommes placés derrière moi répondent tout-à-coup avec une espèce de fureur : « Citoyen, » ce n'est pas le moment de donner de pareilles )) raisons ; il faut du monde pour faire la guerre ; » la patrie a besoin de soldats : nous-mêmes, en » bons patriotes , nous avons oublié que nous » sommes époux et pères ; oubliez, à notre exemple, » que vous avez une mère et une sœur. »

Le président, après avoir jeté un coup-d'œil sur le commis des prisons , comme pour lui faire entendre que ce serait ma faute si je périssais, me fixa attentivement en me disant avec une sorte d'humeur : « Je vous préviens , Monsieur, qu'il » faut vous faire enrôler, qu'il faut partir sans délai » pour les frontières; je ne vois d'autres moyens » pour vous... » il fit ensuite une pause.

Ses regards, ses gestes, et le son de sa voix, m ayant fait soupçonner quelque mystère , je bVis

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mon parti sur-le-champ , et dans l'espoir de leur échapper bientôt ( car j'eusse mieux aimé mourir que de porter les armes contre mon souverain ou contre les intérêts de mes bienfaiteurs ) , je répondis avec une sérénité affectée : « Puisque vous avez besoin » de moi, Monsieur, j'irai aux frontières quand il » vous plaira. »

Cette réponse excita de nouveau dans la salle de grands cris vive la nation. Le président se hâta d'expédier mon enrôlement et me fit signer le protocole et ma cartouche.

Je reçus alors , selon la coutume , l'accolade du président et de quelques assistans. Un fort des halles s'empressa de fendre la foule pour arriver jusqu'àmoi ; mais ce qui me surprit beaucoup, et ce qui surprendra également mes lecteurs , c'est qu'il m'embrassa après m'en avoir demandé la permission que je n'avais garde , comme on le pense bien , de lui refuser : il me dit ensuite : « Citoyen , c'est à moi que vous » aurez affaire dorénavant; vous n'avez qu'à me » suivre. »

Deux hommes armés , au fait de la cérémonie , m'ayant donné le bras, me conduisirent avec force, aux cris de vive la nation, à la porte qui aboutit sur la rue. Là ils me firent faire halte et passèrent les premiers par le petit guichet : telle était la consigne donnée aux assassins qui se tenaient en dehors, pour épargner celui qui venait d'être jugé ; ceux au contraire que ce tribunal envoyait à V Abbaye ou à Coblentz passaient les premiers, et étaient assommés

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