‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 135 sur 151 · CHAPITRE V. - 2Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. - 2Ô

a ce fatal passage. Lorsque je fus dans la rue, ils me prirent de nouveau par le bras et continuèrent, en élevant et en tournant leurs chapeaux sur la pointe de leurs sabres , leurs cris de vive la nation; après quoi nous continuâmes notre route par la ruelle ( appelée cul-de-sac des Prêtres ) qui donne dans la rue Saint- Antoine , au milieu des satellites du même faubourg et des Marseillais.

Ensuite le fort de halle qui nous préce'dait commanda une seconde halte.

Il se mit devant moi et cria : « Abas les chapeaux. » Des milliers de spectateurs se découvrirent avec la plus grande rapidité ; alors on fît silence pour écouter le serment que j'allais prononcer d'après son ordre, le bras droit et la main tendus au niveau de l'épaule : il était conçu en ces termes :

« Je jure d'être fidèle à la nation et de mourir » à mon poste en défendant le nouveau système » de liberté et d'égalité. »

Après la prestation de ce serment , auquel il m'était impossible de me refuser , le même homme s'étant tourné de mon côté pour me montrer un tas de cadavres percés et hachés à coups de sabres , me dit d'un air hagard et féroce : « Vous voyez , citoyen )) soldat, que nous punissons les traîtres comme ils » le méritent. »

Je reçus encore l'accolade fraternelle. Je passai ensuite de bras en bras à plus de cent pas , toujours embrassé par les gardes nationaux du faubourg Saint- Antoine , et par une infinité d'autres gens

presque tous ivres ; délivré enfin de toutes ces caresses , les deux hommes armés qui me donnaient le bras, me conduisirent dans une église (i) où se trouvait réuni le petit nombre de personnes que le tribunal populaire avait épargnés.

Deux commissaires, après avoir examiné attentivement ma cartouche, me dirent : a Nous avons » ordre de vous retenir jusqu'à ce que vous soyez )) réclamé par quelqu'un de bien connu. »

Induit en erreur par les papiers publics que nos conseils officieux et le limonadier nous apportaient tous les jours , je croyais la plus grande partie de mes camarades sauvés ; en conséquence j'écrivis sur-le-champ au commandant , et en son absence au lieutenant ou au sous-lieutenant du poste de mon corps-de-garde , pour prier celui qui s'y trouverait d'envoyer quelques-uns de mes camarades pour me réclamer, le prévenant que le tribunal populaire m'avait déclaré innocent. En vérité, quand on réfléchit à ce que ces brigands appelaient un innocent , l'on rougit d'avoir été trouvé tel à leurs yeux! — Quel affreux abus de mots et de choses!

Je remis, en présence des commissaires , ce billet à un jeune garde national du faubourg Saint- Antoine; j'y joignis un assignat de cent sous , en le priant de faire cette commission en fiacre et d'amener, le plus tôt possible, trois ou quatre de mes

(j) L'église de Culture-Saintc-Catherine , dans la section de l'Arsenal , nomme par le peuple dépôt des hinocens. W.

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