‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 137 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

tout devint calme dans la cour; je commençai à croire que je m'étais trompé, et que ce n'était pas à moi qu'ils en voulaient.

Un instant après M. Tréfontaine (1) vint dans la chapelle pour s'informer si le citoyen Chamilly , un des quatre premiers valets de chambre du roi, était parmi nous.

Il apprit d'un petit garçon, qui frottait tranquillement, au pied du maître-autel de l'église , des Las bleuâtres tout ensanglantés , que M. de Chamilly avait été tué à huit heures du matin : « Ces bas , )) ce chapeau , ajouta-t-il , sont de ce monsieur- » là ; on vient de m'en faire présent. »

Après ces éclaircissemens , M. Tréfontaine s'en retournait sans m'avoir aperçu ; je l'arrêtai pour lui représenter qu'ayant été réclamé par ma section et devant y êtrç reconduit en plein jour par des hommes à piques , je pouvais être reconnu et tomber entre les mains du peuple qui , vu ses dispositions , et dans l'éloignement où je me trouvais de ma section , s'embarrasserait fort peu de la loi du jour qui défendait de faire le moindre mal à un homme acquitté par le tribunal populaire.

M. Tréfontaine était plein dame et d'humanité ; il avait d'ailleurs beaucoup d'amitié pour moi : il sentit toute l'horreur de ma position , et

(1) Commissaire de la comptabilité, grenadier des Filles-Saint- Thomas, ayant donné sa démission au mois de juin 1792. Il fut élu officier municipal après le 10 août, et guillotiné en 1794.

27O MÉMOIRES DE "WÉBER.

11e me quitta qu'après m'avoir donne l'assurance qu'il allait, sans retard, employer, en honnête • homme , ses amis et tout son crédit pour veiller à ma sûreté personnelle , et me faire réclamer avec la plus grande célérité, sans aucun danger pour moi.

Vers les quatre heures et demie, je fus instruit de l'affreux traitement qu'avait essuyé le bel homme qui était assis à côté de moi dans la chapelle , et que quatre gardes avaient emmené sous le prétexte de le conduire à sa maison.

Un membre du comité , qui arrivait du dehors , nous dit : « L'homme que la garde nationale a » voulu conduire chez lui , n'a été qu'à la dis- » tance de quatre rues ,• la populace l'a massacré » au milieu de l'escorte , en disant que c'était un » abbé attaché au service de la cour. »

Ce récit me fît renouveler mes instances aux gens à piques , pour les engager à différer mon départ.

11 s'était écoulé plusieurs heures depuis le départ de M. Tréfontaine : je crus que d'autres affaires lui avaient fait oublier les miennes ; désespérant enfin de parvenir à déterminer les gens de mon escorte à attendre jusqu'à la nuit, je me proposai de m'adresser à tout hasard à la députation qui venait de se faire annoncer, pour la prier de répondre de moi et de me conduire à ma section ; mais quelle fut ma joie , lorsque je vis entrer dans la salle , en habits bourgeois , ceux des grenadiers

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