‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 138 sur 151 · CHAPITRE V. 2JÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 2JÎ

de mon bataillon que j'aimais le plus , tant pour leur zèle et leur bravoure , que pour rattachement sans bornes qu'ils avaient toujours témoigne à la famille royale.

Que ce moment fut heureux pour moi ! j'oubliai toutes mes peines , tous mes dangers.

L'orateur de cette dëputation , tenant un papier à la main ( i ) , adressa au président les paroles suivantes : ce La section de 1792 vient d'apprendre » qu'un citoyen Weber a été proclamé inno- » cent par le tribunal populaire de l'hôtel de la » Force. Elle nous envoie vers vous , citoyen pré- » sident , pour vous remercier , ainsi que le » comité de la section de l'Arsenal , de l'asile que* » vous avez bien voulu accorder au milieu de vous >• à un citoyen de son arrondissement. La section » de 1792 nous a chargés du présent certificat, )) par lequel vous verrez qu'elle réclamé le citoyen )) Weber , et qu'elle désire le revoir dans son » sein. »

(1) Premier sergent, nomme Heck. C'était un Allemand , aussi brave qu'il était éloquent ; son opinion , dans les affaires de notre bataillon, prévalait presque toujours. On l'employa avec succès dans toutes les circonstances critiques.

Le 9 août , à minuit , lorsque nous étions rangés en bataille en face de la grande porte qui donne sur le Carrousel , il fut chargé , en sa qualité de sergent, de passer dans les rangs pour mettre les cartouches dans les gibernes ; arrivé à moi , il me poussa plusieurs fois pour me faire tourner la tête, puis il me montra, en levant les yeux au ciel avec douleur , les deux cartouches qu'il avait à distribuer par homme. W.

Le président , s'étànt tourné vers moi , me dit à demi-voix : « Je suis charmé , Monsieur , que votre » section vous réclame d'une manière si authen- » tique et si flatteuse pour vous. Je connais par- » faitement votre conduite , et je ne suis point du » tout étonné des procédés de vos braves cama- » rades envers vous , surtout d'après l'intérêt hon- » nête qu'a fait paraître à votre égard l'officier mu- » nicipal Tréfontaine ; les deux commissaires » m'en ont rendu un compte exact.» Il ajouta : «Je » vous prie même de croire que j'aurais fini par » répondre de vous ; je vous connais par la famille » de M. de Simonin (i) , avec laquelle j'ai passé f» chez vous , à Versailles , une soirée agréable en » 1788 y et je me serais fait un vrai plaisir de vous » reconduire à votre section. »

Le président , après avoir visé mon enrôlement du tribunal populaire , le remit aux commissaires du dépôt des innocens (2). Il y ajouta une espèce de rapport de toute l'affaire , qu'il rédigea , le plus que possible y à mon avantage y et fît escorter les gens à piques de toute la députation , pour empêcher ces derniers de dire au peuple qu'on venait de sauver un royaliste ; il me fit ensuite sortir du côté opposé , par la troisième cour , avec les deux commissaires dont j'ai déjà parlé, et qui m'a-

(1) Premier commis du dépôt des affaires étrangères, et administrateur-général de la loterie. W.

(2) Les sieurs Le Rouge, valet de chambre; Fay, marchand du faubourg Saint- Antoine. W.

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