‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 139 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

vaient donné , à onze heures du matin , leur parole de ne me quitter que lorsqu'ils me sauraient tout-à-fait en sûreté.

Dans la crainte que je ne fusse reconnu, mes braves conducteurs me firent faire plusieurs détours , pour éviter les rues et les places où nous pouvions apercevoir des attroupemens ; nous arrivâmes enfin, à sept heures du soir, dans ma section où il y avait un monde étonnant.

La députation , qui m'y avait précédé , avait annoncé mon arrivée : dès que je parus dans la salle, elle retentit d'appjaudissemens; tous les assistans me témoignèrent la plus vive satisfaction de revoir un homme qui n'avait échappé au massacre général que par une espèce de miracl e ; ils me félicitèrent de la manière la plus touchante sur mon heureux retour. Les commissaires du dépôt des innocens demandèrent au comité de ma section le récépissé de tous les papiers qui me concernaient , et se retirèrent.

Le comité , ayant trouvé mon enrôlement parmi les pièces qui lui avaient été remises , délibéra aussitôt sur cette affaire, et un des membres, ayant demandé la parole, fit cette motion.

« Le citoyen Weber a été assez heureux aujour- » d'hui pour être déclaré innocent, par jugement » du tribunal populaire ; il s'est enrôlé par recon- » naissance , et a pris l'engagement d'aller aux » frontières ; mais comme il est Autrichien , nous » ne pouvons exiger de lui ce sacrifice, et nous deu. (8

27/j MÉMOIRES DE WEBER .

» vous nous montrer aussi généreux que lui ; le » comité vous propose de refuser les services mili- » taires du citoyen Weber, et de déchirer sa car- » touche. »

De nombreux applaudissemens partirent de toutes parts , et servirent de réponse à cette motion. Toutes les personnes de ma connaissance, une infinité d'autres qui m'étaient absolument inconnues , se réunirent pour me complimenter sur mon heureuse étoile ; et après m'avoir félicité de nouveau du bonheur que j'avais eu d'échapper à la mort, ils s'avancèrent avec moi vers le président ( i ), pour lui faire signer mon élargissement.

Celui-ci , à la vue de mon nom et de ma qualité d'étranger, se rappelant la promesse qu'il avait faite à son ami Collot-d'Herbois de me livrer à la guillotine ou au fer des assassins , révoqua tout ce que le comité avait décidé en ma faveur, et dit à haute voix : « Le cas est trop grave pour prononcer dans )) un moment sur une affaire de cette importance. » Le citoyen Weber est accusé de crimes de lèse- » nation : il est inconcevable qu'il ait été acquitté » et déclaré innocent par jugement du tribunal » populaire; ce tribunal a été certainement surpris: » je ne prendrai jamais sur moi de me mêler de » son élargissement. »

Plusieurs membres du comité , ayant pris ma défense , essayèrent de démontrer au président que

(1) M.-J. Chénier.

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