‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 140 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

je devais avoir ma liberté' ; ils s'en tinrent , pour cet effet, à ce simple raisonnement: « Citoyen » président , dirent-ils , c'est le peuple souverain .» qui a reconnu et proclame l'innocence du citoyen » Weber ; le peuple est en plein exercice de sa » puissance ; c'est lui-même qui a crée le tribunal, n qui a prononcé l'élargissement de ce citoyen ; et » il ne vous appartient pas de le différer d'un seul » instant , sous quelque prétexte que ce puisse » être. »

Chénier ne pouvant rien répondre à un argument qui , dans ses principes , était de la plus grande solidité , entra dans une fureur horrible ; il écumait de rage , et comme on insistait toujours, il finit par déclarer « qu'il aimait mieux donner sur- » le-champ sa démission de sa place , que de con- » sentir à mon élargissement( 1 ): » puis interprétant à son gré le silence qui régnait dans l'assemblée, comme s'il l'avait maîtrisée par son éloquence , il ordonna que , jusqu'à l'arrivée de la garde , je serais

(i)Nous n'avons point parlé , jusqu'à présent, du rôle que fait jouer Weber à Chénier qui, d'après ce qu'a dit précédemment l'historien ,aurait été l'instrument de Collo t-d'Herbois . Nos recherches pour obtenir des données propres à confirmer ou à détruire cette accusation,sont restées sans aucun résultat. Jusqu'alors, Chénier , occupé de littérature, se distinguait par des pièces républicaines. A cette époque même , on mettait sur la scène Caïus Qiucchus , dont le sort devait réclamer l'emploi de ses momens. La conduite de Chénier supposait une haine personnelle et de l'acharnement : or, il ne connaissait pas Weber; et cette circonstance, jointe à celles que nous avons indiquées, peut ôîer quelque force au témoignage de l'historien. ( Note des nouv. édit, )

•2j6 MÉMOIRES DE WEBER .

enfermé dans une chapelle qui se trouvait en face de la table du conseil , et décida que je serais conduit à onze heures ou minuit à l'Hôtel-de-Ville , pour y réinstruire mon procès.

La garde nationale arriva à cet effet , une demiheure après ; mais le président s'étant aperçu que tous lesassistans étaient indignés du jugement qu'il venait de rendre contre moi , et que la rumeur devenait générale, se hâta, par prudence, de changer l'ordre , et se contenta , en attendant , de me faire conduire au corps-de-garde .

A peine y étais-je arrivé , que le commandant du poste me présente l'ordre qu'il venait de recevoir de me mettre en liberté.

Ne concevant pas d'où provenait un changement si subit , j'en demandai la cause et les motifs à tout le monde ; chacun voulait avoir le plaisir de me l'apprendre : enfin , le commandant ayant obtenu un moment de silence , me dit : a La section s'est » révoltée contre le président qui a employé , en » vrai jacobin, toutes ses ruses pour vous faire » conduire à l'Hôtel- de-Ville ; le comité et quel- » ques-uns de vos camarades, regardant votre » mort comme certaine si l'on vous traduisait de- )i vant ce tribunal , la seconde nuit des massacres , » s'y sont opposés avec beaucoup de fermeté ; un » garde national(i), prêt à partirpour les frontières, » a combattu le président avec la plus grande élo-

t^Goffine. W.

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