‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 141 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» quence, par les lois du jour, en lui prouvant que » la volonté du peuple, une fois manifestée, devait » être sacrée pour lui comme pour tous : le prési- » dent a sué sang et eau ; il a voulu se démettre » trois fois de sa place avant de signer votre élar- » gissement; mais se sentant serré de près et » voyant le garde national , ainsi que ses amis , » entrer en fureur , il s'est décidé à me donner » l'ordre de votre mise en liberté : je pense aussi » que les murmures de la section entière, qui maru quait le plus grand mécontentement , ont beau- » coup contribué à déterminer cet homme , si » acharné à votre perte, à signer ce qu'on exigeait » de lui. »

Dès que le commandant eut fini son récit , je m'empressai de payer à mes nouveaux libérateurs le tribut de la vive reconnaissance dont j'étais pénétré ; ils voulurent absolument m'accompagner et m'installer dans mon hôtel ; ils m'y conduisirent, en effet , dans la crainte que je ne tombasse dans la main des Marseillais ou de quelques autres assassins. On avait annoncé au propriétaire , ainsi qu'à tous les autres locataires de la maison, que le tribunal populaire de l'hôtel de la Force , la section de l'Arsenal et celle de 1 792 , m'avaient proclamé innocent ; ils dirent en particulier, à mon propriétaire , « que s'il s'avisait de me dénoncer une seconde » fois, il aurait affaire à toute la section. »

Après avoir rempli les devoirs qu'exigeaient de moi les circonstances où je nie trouvais , et les

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vœux de toutes les personnes qui s'étaient intéressées à mon sort, je partis à onze heures du soir pour aller demander un lit à M. Autran, agent de change. Celui-ci, après m'avoir comblé d'amitiés, m'accorda la plus généreuse hospitalité, et m'offrit ensuite, ainsi que toute sa famille, tous les services dont je pouvais avoir besoin. Un de ses neveux , M. Perrier , qui connaissait le danger attaché à ma qualité d'Autrichien , et surtout à celle de frère de lait de la reine , me pressa de quitter Paris le plus promptement possible : M. Perrier avait, à cette époque, quelques liaisons avec plusieurs membres de l'Hôtelde-Ville ; je le priai d'en profiter en ma faveur , l'assurant que je me mettrais en route pour l'Angleterre , aussitôt qu'il me serait possible d'entreprendre ce voyage sans m'exposer de nouveau.

J'employai sur-le-champ tous mes soins à faire lever les scellés qui avaient été apposés chez moi, et à me procurer ensuite une quittance de capitation pour me faciliter le moyen d'obtenir del'Hôtel-de- Ville un passe-port sans lequel je ne pouvais sortir de Paris.

La plupart des royalistes qui se trouvaient au château le i o août n'existaient plus ; quantité d'autres avaient été massacrés dans les prisons les 2 et 3 septembre (1) : en conséquence, les jacobins, satis-

(1) Voyez note ( I ) des détails intéressans sur les victimes du 10 août et du 2 septembre , ainsi que sur les personnes qui eurent le bonheur d'échapper à ces journées. Ces détails sont fournis par Weber. ( Note des nouv. êdit.)

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