CHAPITRE V
» galité à la section de 1 792 ; troisièmement , pour » vous convaincre , mes braves citoyens , que je » mérite de trouver en vous des sentimens hospi- )) taliers et fraternels , j e vous présente aussi le certificat de ma section qui constate que j'ai servi dans la garde nationale y et que ne pouvant plus continuer mon service , j'ai fait hommage à la nation de mon costume militaire et de toutes mes armes , pour les volontaires qui doivent marcher » aux frontières pour la défense de la patrie : » voyez , lisez y et je me flatte qu'alors vous ne » balancerez pas un instant à me laisser continuer » ma route ; d'ailleurs je suis en état , mes cama- » rades , de vous donner encore une nouvelle » preuve de la vérité de ce que je viens d'avancer : » vous serez pleinement convaincus > je l'espère , » des différentes erreurs dans lesquelles vous êtes » tombés à mon égard , lorsque vous aurez lu ce m que je vais écrire. »
Dès que j'eus fini ma lettre à madame Perrier que je venais de quitter, je la présentai au maire qui, pendant tout le temps que j'étais occupé à la faire , avait eu la précaution de se tenir debout , devant les plus échauffés , pour les empêcher de me porter quelques coups ; ce dont je lui saurai gré toute ma vie. Il fit faire silence et lut à haute voix .
De la municipalité de Damville , le 1 1 septembre.
A madame Perrier.
« Je viens d'être arrêté, Madame, à la municipalité
286 MÉMOIRES DE VVEBER .
» de Damville , faute de passe-port, il s'agit, dans ce » moment, de confirmer ce que j'ai dit à M. le » maire , et de savoir si j'étais chez vous aujour- » d'hui; si je suis parti de votre maison après le » dîner; si vous avez fait écrire par M. Mollien (i) » la lettre de recommandation dont je suis por- » leur pour M. de La Coudrais, à Honneur , et si » je suis réellement connu de votre famille?
» Je vous supplie , Madame , d'avoir la bonté » d'ajouter aux obligations que je vous ai déjà , » celle de m'envoyer une seconde lettre écrite par » M. Mollien, et dans les mêmes formes ; je serai m sûr alors d'obtenir de la complaisance de M. le » maire et de MM. les officiers municipaux, non- » seulement la permission de continuer mon » voyage , mais encore un passe-port , pour n'a- » voir plus à craindre d'être arrêté dans un autre » endroit , où les décrets de l'Assemblée nationale, » rendus à ce sujet, pourraient n'être pas parve- » nus. »
Les municipaux , après la lecture de ma lettre , parurent extrêmement contens, et, tout fiers de se voir traiter avec autant d'égards et de politesse , ils me dirent tous à la fois dans leur patois : « Eh bien! » oui , Monsieur , nous y consentons ; nous vou- » Ions faire ce que vous nous demandez; c'est juste: » voilà ce jeune homme qui va partir pour Saint-
(1) Premier commis de la ferme générale, beau-frère de madame Perrier. W.