‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 146 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» Lubin , à trois heures du matin ; et aussitôt ce » certificat arrivé à notre satisfaction , vous pour- » suivrez votre chemin , comme notre maire l'a » dit. » Ces dernières paroles jointes à ma lettre , rétablirent entièrement le calme à ma grande satisfaction.

Dès que je me vis seul , aussi content que surpris d'avoir pu sortir si heureusement de ce cruel embarras , et ne sachant à quelles recherches sévères je pourrais être encore exposé le lendemain , je tirai de mon portefeuille les lettres et traductions , qui m'auraient infailliblement perdu si l'on était parvenu à s'en saisir; je les jetai au feu, non sans regrets.

Le lendemain , 1 2 septembre , le courrier rapporta à dix heures du matin une seconde lettre écrite au nom de madame Perrier ; elle fut à peine lue de tous les assesseurs , qu'ils voulurent sur-lechamp me mettre en liberté; mais le jeune homme dont j'ai parlé , qui avait travaillé dans la ferme générale sous les ordres de M. Mollien, voulut auparavant aller chercher des liasses de papier pour confronter les écritures , afin de s'assurer que la main qu'il connaissait avait écrit la lettre qui venait d'être apportée en ma faveur. Ils s'occupèrent pendant une heure à comparer les mots et les traits de plume ; enfin tous les assistans et le jeune homme s'avouèrent convaincus de la vérité de tout ce que j'avais avancé , et donnèrent leur consentement à mon départ.

Le maire et les officiers municipaux ajoutèrent, à beaucoup d'excuses , des félicitations sur mon voyage, et me délivrèrent une espèce de passe-port qui ne laissa pas de me calmer et de m'être utile dans la suite.

Muni de ce signalement civique , je partis pour Honfleur; je n'étais pas encore à quatre lieues de Damville , que je fus de nouveau arrêté dans un petit village ; l'on me fît descendre de voiture et entrer au corps-de-garde pour exhiber mon passeport ; tout le monde l'ayant trouvé en règle , je m'empressai de continuer ma route ; mais le postillon m'ayant prévenu que deux paysans armés , qu'il me montra , venaient de m'enlever mes pistolets , sous prétexte que personne n'avait le droit de faire sortir des armes du pays , je me hâtai de les réclamer. Les gens du corps-de-garde se joignirent à moi à cet effet. Je représentai à ces deux paysans qu'Honfleur n'était pas hors de France ; que tout voyageur avait le droit de porter , dans sa voiture , une arme quelconque pour sa défense. J'employai inutilement un quart d'heure à les pérorer , ils s'obstinèrent à garder mes pistolets ; je leur fis voir, ainsi qu'aux municipaux , qui pendant ce temps là s'étaient rendus sur la place , le certificat de ma section qui prouvait « que j'avais fait hommage de » mes armes à la nation , et que n'ayant ni sabre » ni épée , il me fallait des pistolets comme seul » moyen de défense. » Ces paysans persistèrent dans leur résolution avec la dernière opiniâtreté ;

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