‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 147 sur 151 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

à la fia cependant ils furent forcés de les remettre au maire qui les replaça lui-même dans ma voiture. Quel fut mou étonnement lorsque je vis ces deux furieux, parvenus par un chemin plus court, saisir la bride des chevaux , arrêter ma voiture, et vouloir se jeter de nouveau sur mes pistolets, en criant : « Tout ce verbiage du maire a été bel et » bon , mais nous allons reprendre les pistolets ; » oui , oui , il peut partir , mais nous voulons les » garder et nous les aurons. »

Pendant que je défendais mes armes, arriva derechef le maire , et grâce aux bons services des officiers municipaux qui entourèrent ces mutins, j'ordonnai au postillon d'avancer; et j'arrivai enfin sans autre obstacle à Honneur.

J'allai, sans perdre de temps, chez M. de La Coudrais, pour lequel j'avais, comme on sait, une lettre de madame Perrier qui le priait de me rendre tous les services qui seraient en son pouvoir. Je reçus de M. de La Coudrais l'accueil le plus honnête et le plus affectueux.

Je rencontrai chez lui le chef de division à qui la reine avait parlé quelques momens avant l'insurrection du 20 juin ; je le reconnus, et il se souvint de m'a voir vu ce jour-là auprès de LL. MM.; il me témoigna infiniment d'intérêt; m'offrit entre autres choses de m'accompaguer jusqu'au Hàvrede-Gràce, et il employa tous ses amis dans les deux ports pour faire réussir mon évasion. M. de La Coudrais avait eu la bonté de me remettre deux 11. 19

lettres qui ne contribuèrent pas peu au bon accueil que me fit la municipalité du Hâvre-de-Grâce ; mais le chef de division, qui m'avait accompagne' par amitié de Honfleur jusque dans cette ville où il était très-connu , m'ayant présenté à la municipalité comme un de ses amis , et assuré que j'étais effectivement un négociant allemand, j'obtins dès-lors , sans difficulté , le visa suivant , avec la permission de m'embarquer.

u Vu au bureau municipal de cette ville , avec » permission de s'embarquer pour l'Angleterre.

» Au Havre, 18 septembre 1792.

»i Rhoner , officier municipal. »

Je ne songeai plus qu'à faire les préparatifs de mon départ : je courus sans délai m'informer du premier bâtiment qui devait partir pour l'Angleterre, et y retenir ma place; j'eus le bonheur d'en trouver un qui devait mettre à la voile le lendemain dans la matinée.

Le vaisseau sur lequel je m'embarquai mit à la voile le 18 septembre : notre traversée du Havre à Portsmouth fut un peu orageuse. Je trouvai sur le bâtiment plusieurs ecclésiastiques français qui, comme moi, allaient chercher un asile en Angleterre. Enfin, j'arrivai le 20 dudit mois à Londres.

On se persuadera peut-être que j'éprouvai une grande satisfaction en m'éloignant d'un pays si

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