‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 148 sur 151 · CHAPITRE V. 2QI · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 2QI

agité, où j'avais été témoin de tant de forfaits , et où je venais de courir moi-même des dangers si imminens; je devais bientôt presser contre mon cœur une mère tendrement aimée , et dont j'étais séparé depuis si long-temps. Il semble, au premier aspect, que cette perspective devait me mettre au comble .de la joie. La vérité est que je fus pénétré d'une profonde douleur au moment de m'embarquer. L'idée de quitter un royaume où je laissais mes bienfaiteurs en proie à l'ingratitude d'une nation égarée , et plus encore à la scélératesse des jacobins , remplit mon ame d'amertume ; les pressentimens, qui me poursuivaient sans relâche depuis tant de mois et même tant d'années, m'affectèrent tellement, lorsqu'il fallut m'éloigner des côtes de France, que je sentis tout-à-coup mes facultés comme paralysées : heureusement un torrent de larmes vint soulager mon cœur oppressé. Je n'ignorais pas qu'un individu tel que moi ne pouvait être d'aucun secours à la famille royale dans son affreuse captivité. Hélas! des milliers de serviteurs fidèles n'avaient pu la sauver dans des circonstances moins difficiles et moins orageuses ; mais la reconnaissance que je devais aux bontés du roi et de la reine , m'aurait fait répandre avec plaisir jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour les délivrer. Si j'avais été à Paris lorsque l'on commit l'atrocité de transférer la reine à la Conciergerie, je me serais laissé emporter à l'attachement et au respect que j'avais voués à sa personne auguste , et j'aurais

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perdu la vie, après avoir cherché à purger la terre des monstres qui l'ont si indignement traitée. Le ciel en a disposé autrement; il a voulu sauver un témoin de ses vertus, de sa magnanimité, de son courage et de sa noble résignation au milieu des plus épouvantables malheurs, pour faire connaître, autant que mes faibles moyens me le permettent * combien cette princesse, si indignement calomniée, fut grande, combien elle fui courageuse, bienfaisante, charitable, compatissante, et digne de la plus heureuse destinée (t).

(i) Nous terminons ici les Mémoires de "VVeber qui , n'étant plus, dans les événemens dont il continue le lécit, ni acteur, ni même témoin oculaire , n'écrit que sur des documens ou douteux ou connus. Quant à l'affreuse destinée de la reine , dont il raconte les malheurs, nous possédons des renseignemens plus précieux que nous publierons avec les Mémoires sur le Temple.

Une pièce dont nous ne saurions ajourner la publication , parce qu'elle est rare en France , et parce qu'elle se lie aux détails donnés par Wcber sur le 10 août , c'est le récit de la conduite tenue dans cette journée par le régiment des gardes-suisses : nous donnons sous la lettre ( J ) cette pièce importante qui nous est parvenue trop tard pour être rangée, dans les éclaircissemens , à la place qu'elle devait occuper. {Note des nouu. édit. )

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