‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 15 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cœur : Venez , Monsieur , vous apprendrez à être bon Français.

Certes , Louis XVI avait bien raison ; si jamais il y eut une occasion de se convaincre que le gros de la nation , loin d'être factieux , n'était composé que de bons Français , ce fut à cette fête nationale de la Fédération. Tous ces fédérés , à leur arrivée des provinces , demandaient à être présentés au roi; et témoins des vertus de ce monarque et de son auguste compagne , ils rivalisaient d'empressement à leur payer un juste tribut d'admiration et d'éloges. M. de La Fayette , qu'on accusa dans le temps d'avoir provoqué cette fête pour s'y faire déclarer généralissime de toutes les gardes nationales du royaume, M. de La Fayette conduisait souvent des députations de ces fédérés , pour présenter leurs hommages au roi et à la reine (i). Un chef des fédérés d'Anjou, M. Delaunay d'Angers, profita de la circonstance pour adresser à cette princesse un compliment très-flatteur. Ce M. Delaunay fut, dans la suite , membre de la Convention , où il oublia son compliment à la reine , pour se mettre

(i) Il est nécessaire de relever l'inexactitude de ces assertions. Il est bien vrai que les i4 mille hommes envoyés par les quatoize millions de gardes nationales étaient chargés de nommer M. de La Fayette généralissime des gardes nationales du royaume ; les discours de ces fédérés ne laissent aucun doute à cet égard. Mais comme M. de La Fayette avait provoqué un décret, qui fut en effet rendu sur sa proposition, et d'après lequel on ne pouvait commander la garde de plus d'un département , il ne peut être accusé d'avoir voulu les commander toutes. ( Note 'les nouv. èdit. )

dans les rangs de ses plus impitoyables persécuteurs.

Je fus témoin de cette cérémonie. Je n'en ferai point la description; on la trouve partout. Je vis cinq cent mille personnes réunies dans un cirque imposant , lever le bras au même moment pour jurer d'être fidèle à la loi et au roi. Il faisait un temps horrible ; mais plus la pluie tombait avec force , plus les éclats de joie et les danses semblaient se ranimer. Enfin les nuages se dissipèrent, la cérémonie religieuse s'exécuta avec ordre et calme ; le roi s'avança d'un pas majestueux vers l'autel de la patrie, aux acclamations de !>we le roi (r)! M. le duc d'Orléans , qui était dans l'enceinte des députés, dut s'apercevoir, au silence qui régnait autour de lui, et à celui avec lequel il avait été accueilli à la procession de l'Assemblée , depuis les Tuileries jusqu'au Champ-de-Mars , qu'il n'était pas populaire dans cette journée. Déjà , à son apparition au château , le dimanche précédent , il avait eu des preuves non équivoques, dans les appartemens qui précédaient ceux de Sa Majesté , que sa présence , dans ces lieux , n'était pas

agréable

Cependant , sur la dénonciation des crimes des

[i) C'est une erreur. Le roi prêta serment de sa place , sur an signal fait de l'autel. Les députés le prêtèrent pareillement de leur place. M. de La Fayette fit le sien sur rautel , au nom des gardes nationales , et ce serment fut répété par les fédérés et tous les spectateurs. {Note des twuv. édit.)

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