‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 16 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

5 et G octobre , par le comité des recherches de la commune, de concert avec le comité des recherches de l'Assemblée nationale , tout composés de patriotes et de révolutionnaires , l'Assemblée avait institué depuis six mois le Châtelet , pour informer des crimes qui avaient été commis , les juger et les faire punir. L'instruction se suivait, lorsque le duc d'Orléans revint à Paris. Ce fut dans cet intervalle que Marie-Antoinette dit à la députation qui était venue aux Tuileries pour recueillir de sa bouche les informations qu'elle pouvait donner sur ces journées : U Je ne serai jamais délatrice d'aucun de mes )) sujets ; j'ai tout vu, j'ai tout su , et j'ai tout ou- » blié. » Tout ce que l'antiquité nous a conservé de réponses magnanimes est à peine comparable à cet acte de générosité.

Le Châtelet ayant acquis un corps de preuves, qui lui parut suffisant pour mettre en accusation le duc d'Orléans et Mirabeau , envoya un de ses membres en faire le rapport à l'Assemblée ; une loi nouvelle , portant qu'aucun des députés ne pourrait être mis en jugement sans un décret exprès. Le ton emphatique avec lequel M. Boucher d'Argis , rapporteur du Châtelet , commença son rapport , par un vers d'une tragédie (i) :

Le voilà donc connu ce secret plein d'horreur !

indisposa contre lui l'Assemblée et les tribunes.

(j) Comme les résultats ne répondirent pas à l'annonce de M. Boucher d'Argis, elqueceàec/;et.ple{in d'horreur continue d cire

Le rapport étant imprimé , ainsi que les dépositions , l'Assemblée crut y apercevoir seulement un projet de faire déclarer le duc régent du royaume : mais la liaison de ce projet avec l'irruption des brigands du 6 octobre au matin, et le massacre des gardes-du-corps , ne lui parut pas suffisamment démontrée pour laisser mettre ces deux députés en accusation. D'ailleurs, Mirabeau ne manqua pas d'observer que ce n'était pas le procès du 6 octobre qu'on voulait faire , que c'était celui de la révolution; qu'on se proposait d'entretenir les haines et les vengeances, de provoquer les alarmes, les soupçons dans le royaume entier , en lui présentant la révolution comme liée à toutes sortes de crimes ; de répandre enfin dans l'Europe une profonde horreur pour une révolution qui serait peut-être un jour celle du monde entier.

La majorité de l'Assemblée nationale , effrayée par le mot seul de procès fait à la révolution , mit promptement fin aux débats de cette procédure , en déclarant qu'il n'y avait pas lieu à accusation contre le duc d'Orléans et Mirabeau ; et les révolutionnaires n'oublièrent pas le rôle que M. Boucher d'Argis avait joué dans cette affaire ; car il fut , par la suite , un des premiers qui tomba sous la hache de la terreur.

couvert d'un voile épais , on fut généralement indisposé contre lui. On l'accusa d'avoir parlé avec trop de légèreté. Mais son courage et son caractère bien connu font présumer qu'on changea de système , qu'on fut effrayé de la vérité , et qu'on prit une marche différente de celle que d'abord on avait adoptée. {Note desrtottv. éd.)

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