‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 17 sur 151 · CHAPITRE IV. 2Q · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 2Q

Ainsi se termina celte procédure , sollicitée par des hommes qui, eux-mêmes, étaient du parti qu'on appelait le parti du Palais-Royal , qui étaient du nombre de ceux qui avaient poussé la populace de Paris à Versailles , corrompu le régiment de Flandre", et insulté les gardes-du-corps , et qui depuis s'en sont vantés , comme d'autant d'actes de patriotisme. Le Châtelet n'ayant point voulu agir selon leurs vues , ils le firent considérer comme un tribunal infâme dévoué à l'aristocratie ; ils l'accusèrent d'avoir voulu faire le procès à la révolution, lui imposèrent silence , et l'anéantirent. Mais la majorité de l'Assemblée n'ensevelit ces crimes dans l'oubli que par intérêt ou par peur, et Marie-Antoinette eut la gloire de les avoir oubliés par grandeur dame. Et comment n'auraient-ils pas défendu cette révolution , et les crimes qu'elle enfantait? La révolution était, pour tous ces législateurs-pirates, une prise d'une valeur sans bornes. Depuis les terres jusqu'aux plus petits emplois, tout allait être partagé. Chacun en attendait une part , proportionnée à l'acharnement qu'il mettrait à la préserver de toute attaque. Déjà les mots égalité et les droits de Vhorwne étaient abandonnés à quelques fanatiques de philosophie ; les vrais révolutionnaires avaient commencé le pillage.

Du moment que les biens du clergé eurent été déclarés nationaux, il fallut s'occuper sur-lechamp du moyen de les vendre , afin d'en partager aussitôt la valeur. Mais comme cette vente devait

3o MÉMOIRES DE WEBER.

entraîner des longueurs , on prévint les détails ; on créa un papier-monnaie, ayant un cours forcé, dont le remboursement était hypothéqué sur la vente des biens dits nationaux . Ces mêmes hommes , qui devaient faire oublier les Colbert et les Sully , n'imaginèrent rien de mieux pour remédier au désordre des finances, que de créer quatre cents millions d'assignats. En vain on leur représenta de tous cotés , que c'était renouveler le système qui avait manqué perdre la France au commencement du siècle ; qu'on allait faire disparaître le numéraire , et écraser le change de la France avec l'étranger; qu'une fois le papier-monnaie dans la circulation au lieu des espèces , on ne pourrait plus s'arrêter; qu'une émission en amènerait une autre; que ce système produirait infailliblement des banqueroutes continuelles , et enfin une catastrophe générale : on représentait comme ennemis de l'Etat, tous ceux qui osaient faire la plus légère opposition aux volontés d'un des cotés de l'Assemblée nationale. Ce même Mirabeau, qui avait dit, au commencement de l'Assemblée , que des émissions de billets de caisse, de faibles emprunts, de médiocres anticipations étaient autant d'impôts mis le sabre à la main, disait alors fièrement, au sujet de ce nouveau papier-monnaie : a Que partout où » se placerait un assignat, il se placerait un ami » de la révolution . » Il aurait pu dire , avec plus de vérité encore , que partout où se placerait un ami de la révolution , les assignats viendraient se

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