‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 18 sur 151 · CHAPITRE IV. ÔI · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. ÔI

placer enfouie. En effet, peu de temps après la première émission de ce papier révolutionnaire , l'on vit une pluie d'or tomber de cet homme, dont tous les partis courtisèrent la cupidité. Ce fut à qui l'aurait. On ne lui donnait pas la peine de préparer ses motions et ses harangues , on les lui fournissait toutes faites ; il n'avait qu'à les lire à la tribune (i). Les juifs, la cour d'Espagne, les agioteurs , les

(1) «Le comte de Mirabeau, dit M. de Lévis , prononça à » la tribune de l'Assemblée nationale un assez grand nombre de » discours écrits : plusieurs rapports sur des objets intéressans » portent aussi son nom. Il est certain que la plupart de ces pièces » ne sont pas de lui : on nomme l'auteur de l'Adresse aux troupes, » du Discours sur le veto , du Rapport sur les monnaies. Tl y a » apparence qu'il corrigeait ces morceaux comme les grands » peintres retouchent ceux qui sortent de leurs ateliers. Dans » tous les cas , rien ne prouve mieux, à mon gré, la supériorité » de cet homme extraordinaire, que ce nombre d'écrivains distin- » gués qui s'empressaient de lui prêter leurs plumes. Les talent » s'attachent au génie par un attrait semblable à celui qui, dans » la nature, retient les satellites dans l'orbite des grands astres. »

Dès le commencement de la tenue des états , on envoyait à Mirabeau des Mémoires. Nous en trouvons la preuve dans la Tactique des assemblées législatives , par Dumont (T. I , p. 19 ). Yoici ce que dit ce publiciste : « L'Assemblée nationale , ayant reconnu par expérience l'impossibilité de marcher avec les vieilles formes , et la nécessité de se donner un règlement de police , chargea un comité de rédiger à la hâte cette législation qui devait régler les procédés des législateurs eux-mêmes. Le comte de Mirabeau présenta à ce comité un Mémoire qu'on lui avait envoya de Londres. C'était un simple narré des faits , un simple exposé des formes suivies par le parlement britannique, sur la manière de proposer les un tières , de les accorder , de délibérer, de recueillir les votes, de créer des comités , etc. Ce Mémoire fut admis sur le bureau , mais

compagnies de commerce , la cour elle-même , à la fin, tous achetèrent et payèrent fort cher l'éloquence et l'influence de Mirabeau (i).

un des membres , croyant l'honneur national blessé par cette instruction étrangère, répondit à M. de Mirabeau : Nous ne voulons rien des Anglais , nous ne devons imiter personne. »

Ce serait manquer de bonne foi que de tirer de faits pareils des inductions contre le talent de Mirabeau , qui ne parut jamais avec plus d'éclat que lorsque , dans des momens d'inspiration , il s'appropriait les idées qu'il avait recueillies, sur différentes matières , dans la conversation des hommes les plus éclairés; et quoique , parfois , on lui fournît des discours tout faits , on ne lui donnait souvent que des notes , et ces notes même, on les lui faisait passer pendant qu'il était à la tribune. « J'ai vu souvent M. de Mirabeau, dit l'auteur de la Tactique des Assemblées législatives , allant à la tribune et dans la tribune même , recevoir des notes , qu'il parcourait de l'œil sans s'interrompre , et qu'il enchâssait quelquefois avec de plus grandes et dans la suite de son discours. Un homme d'esprit le comparait à ces charlatans qui coupent un ruban en pièces , les mâchent un moment , et font sortir de leur bouche le ruban tout entier. »

( Note des nouv. èdit. )

(i) Les libéralités de la cour mettaient le comte de Mirabeau en état de faire les dépenses dont parle Weber avec humeur. Il achela la bibliothèque de Buffon , cent mille écus ; un hôtel situé dans le quartier de la Chaussée-d'Antin,et la terre du Marais , près d'Argenteuil. C'est là qu'il réunissait ceux qui voulaient réaliser avec lui la grande idée d'une monarchie constitutionnelle. Cette terre est devenue depais la propriété de M. le duc Decrès qui y a fait beaucoup d'embelhssemens. La succession de Mirabeau fut, malgré tous les dons qu'il avait reçus , entièrement absorbée par les dettes, ce Les passions violentes , dit l'auteur de sa notice dans U Biographie universelle, avaient saisi Mjrabeau dès son enfance. Les besoins de l'amitié , les transports de la gloire , le délire des sens , se disputèrent son ame énergique. Des rigueurs multipliées le révoltèrent et l'auraient perverti, si une bonté de cœur innée

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