CHAPITRE IV
Je vis alors cet homme qui , avant la révolution, était obéré de dettes, acheter un fort bel hôtel dans le quartier le plus à la mode de Paris , le meubler magnifiquement, devenir propriétaire de la riche bibliothèque du comte de Buffon , et se livrer à des
n'eût tempéré les effets de cette haute énergie, et si des mouvemens droits et généreux ,dont il était facile de faire des vertus, ne l'eussent ramené des nombreux écarts qu'il appelait lui-même V infamie de sa jeunesse. Doué d'une audace persévérante, il apporta aux états-généraux une volonté forte de limiter l'arbitraire dont il avait été victime. Le mépris avec lequel les minisires avaient accueilli ses ouvertures , le jeta dans des voies hostiles. Peu scrupuleux sur les moyens , il effrayait par son immoralité ceux à qui ses étonnantes fa cul es donnaient déjà de l'ombrage. La petite morale tue la grande , répétait-il souvent , et , dans sa conduite , la grande cédait presque toujours à ses calculs personnels. M. Maloucl prétend qu'il voulait une constitution libre , mais en même temps fortement prononcée dans les principes monarchiques , et que l'éloignement que lui montrèrent les ministres et les préventions qu'on avait contre lui, l'entraînèrent à beaucoup d'excès. Ses intentions furent enfin révélées dans une lettre qui devait être mise sous les yeux de Louis XVI. Il y dit qu'il ne voudrait pas avoir travaillé seulement à une vaste destruction. Puisqu'il ne lui fut pas donné de montrer sa force en luttant contre la tendance factieuse qu'il avait autrefois suivie , et d'appliquer les ressources de son génie à un système de stabilité, on peut dire qu'on ne le connaît point tout entier. »
On voit que si les ministres n'avaient pas reçu ses avances avec mépris , Mirabeau aurait défendu le trône au lieu de l'ébranler. On eut recours à lui quand il n'était plus temps, et quand il fallait , non plusprévenirle mal, mais le réparer. M. le duc de Lévis observe judicieusement, dans ses Souvenirs, que le gouvernement, avec sa maladresse ordinaire, voulait forcer Mirabeau à se ranger ouvertement de son côté ; et que c'était lui faire perdre inutilement son ascendant et sa popularité. (Note des nom». Mil.)
dépenses extravagantes, sans qu'aucun des puritains de la révolution le trouvât mauvais. « Il » » bien volé, disait le bas peuple , mais il l'a bien
<ragne. »
La suppression totale de l'ordre de la noblesse , et des titres qui décoraient et distinguaient les anciennes familles de la monarchie, suivit de près la confiscation des biens du clergé , et précéda de peu la confiscation des terres des nobles. M. Necker essaya en vain d'élever encore la voix contre cette suppression qui fut décrétée dans une orgie nocturne : il paria dans le désert. Le roi fut obligé de la sanctionner, et de signer de sa main royale que lui-même n'était plus noble. Ceux des membres de l'Assemblée qui détruisaient ainsi l'ordre le plus illustre de l'Etat, savaient bien qu'un grand pays ne peut se passer d'une noblesse : mais ils prévoyaient que, tôt ou tard, ce seraient eux qui se substitueraient à la caste qu'ils anéantissaient ; qu'une nouvelle ère daterait de la révolution , et que formant entre eux une confraternité de criminels, ils formeraient incessamment une nouvelle pairie de France; et l'événement a justifié leur prévoyance (i).
(1) Il règne, dans ce passage, de l'aigreur et de l'injustice. Ceux qui contribuèrent à la destruction de l'ordre de la noblesse ne pouvaient alors songer h former incessamment une nouvelle pallie. Une institution de ce genre suppose une monarchie , et l'on ne pensait qu'à renverser celle qui existait à l'époque dont il est question. Prétendre ensuite que lorsqu'on forma long-temps après une pairie, elle fut composée ûimeconfraternifë de criminels, c'est