‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 20 sur 151 · CHAPITRE IV. 3J · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 3J

Tandis que F Assemblée nationale détruisait ainsi la pairie et la noblesse de France, les soldats, agissant sur le même principe , se mirent partout en insurrection contre leurs officiers. La sédition éclata dans la ville de Nancy avec un caractère effrayant.

Trois régimens se révoltèrent à la fois : les régimens du roi , de Châteauvieux , suisse , et de mestre-de-camp , cavalerie. Le roi fît marcher, au nom de la loi, M. le marquis de Bouille avec huit mille hommes , tant de troupes de ligne que de la garde nationale de Metz , pour réprimer les séditieux. Les portes de Nancy étaient gardées par le régiment de Châteauvieux qui osa faire une décharge de mousqueterie sur les troupes du roi. La petite armée de M. de Bouille riposta par un feu terrible , et fondit sur les soldats de Châteauvieux, qui furent forcés de plier. C'est à cette affaire qu'on vit un jeune officier breton , du nom de Désilles, voulant empêcher l'effusion du sang et ramener les esprits à la subordinal ion, se jeter audevant de la bouche d'un canon auquel les fac-

heurter le bon sens et la vérité. Parmi ceux à qui elle fut donnée , il n'en est presque aucun qui ne se recommandât , soit par de brillans faits d armes , soit par des services administratifs, soit entiu par une célébrité justement acquise dans les lettres ou dans 1;» magistrature. S'il est juste et prudent d'accorder, dans la pairie , une part aux anciens souvenirs , il n'est pas moins équitable et moins sage d'élire surtout, à cette haute dignité , ceux que distinguent personnellement un grand mérite et de grandes actions.

( Note des nouv. édit. )

tieux allaient mettre le feu , et recevoir la mort pour prix de son zèle et de sa loyauté'. On vit, par la suite, ces soldats rebelles conduits en triomphe, et la famille entière du brave Désilles porter la tête sur l'échafaud.

M. Necker avait fait encore un léger effort pour détourner le coup qu'on voulait porter à la monarchie par la publication du livre rouge : il publia un livre, pour démontrer l'inconvenance et la futilité de cette publicité; mais toutes ses tentatives n'aboutissant plus qu'à lui faire voir son impuissance; honteux, mortifié, désabusé sur son influence , il prit la détermination de quitter le théâtre de la révolution. Il disparut sans bruit, en écrivant à l'Assemblée nationale qu'il lui laissait pour otage une somme de deux millions tournois, qu'il avait autrefois déposée au trésor royal comme un cautionnement de sa probité et de son désintéressement. Il se contentait de redemander une somme de quatre cent mille francs, qui lui était nécessaire pour arranger ses affaires. L'Assemblée nationale la lui accorda sans hésiter, se regardant fort heureuse d'être débarrassée à jamais des leçons de morale que cet homme morose et inconséquent venait lui offrir de temps en temps avec respect. M. Necker, en laissant ainsi une proie à piller après son départ, témoignait aux brigands de la révolution qu'il connaissait fort bien leur caractère. C'est ainsi que l'on voit , dans certains pays , les voyageurs faire , avant de partir, la bourse des

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