CHAPITRE IV
voleurs de grand chemin. M. Necker , pour assurer son émigration, jeta sa bourse aux enragés et put partir en paix. Il quitta Paris; et son départ ne fit pas même une nouvelle.
Pour revenir à Mirabeau, le comte de La Marck et le comte de Montmorin consommèrent, pour la cour , l'acquisition de ce héros populaire. La reine eut une très-grande part à cette importante négociation (1). Convaincue de l'impuissance des gens honnêtes et vertueux pour rétablir la monarchie , dans les circonstances extraordinaires où l'on était
(1) La cour et Mirabeau , ayant un égal intérêt à ne pas laisser trace de ces négociations , on sent qu'il eût été impossible d'en donner des preuves positives sans les pièces trouvées dans l'armoire de fer. Cependant ceux qui ont joui de la confiance et de l'amitié du célèbre orateur , ont gardé le souvenir d'une anecdote qu'ils lui ont entendu raconter à lui-même. La voici : A l'époque où Mirabeau entra en pourparler avec la cour , il obtint une audience de la reine. Après avoir fait part à cette princesse de ses vues , de ses espérances , de ses moyens de succès , au moment de la quitter, il lui dit : «Madame, quand l'impératrice votre au- » gusle mère admettait un de ses sujets à l'honneur de sa présence, » elle ne le congédiait jamais sans lui donner sa main à baiser.» A ces mots , la reine, d'elle-même et avec cette grâce qui accompagnait toujours ses moindres gestes, lui présenta sa main. «Ce » baiser-là sauve la monarchie, » s'écria fièrement Mirabeau, transporté de l'honneur qu'il venait d'obtenir.
Quant aux pièces trouvées dans l'armoire de fer , celles qui sont relatives à cet homme d'État dont le gouvernement appréciait l'importance, ainsi que tous les partis, ne peuvent entrer dans une
note. Nous en parlerons dans les pièces justificatives. Voy. la
Note C.
{Note des nom-, édit.)
placé . elle pensa, avec raison, que les mêmes scélérats qui avaient eu le talent et l'audace de faire le mal , connaissaient seuls les moyens de le guérir, et en auraient peut-être la faculté. Elle détermina donc le roi à recevoir et à bien payer les secours de Mirabeau. L'on avait droit d'en attendre d'heureux résultats , lorsque la mort imprévue de ce célèbre orateur vint, au bout de trois mois, détruire toutes les espérances qu'il avait fait concevoir. Déjà il avait affronté les fureurs populaires, en soutenant les principes de la monarchie , lors de la discussion sur le droit de faire la guerre et la paix . Déjà il avait vu sur la terrasse des Feuillans la corde destinée à le pendre à un arbre des Tuileries, s'il ne votait pas pour donner ce droit au peuple ; et cette menace ne l'avait pas empêché de voter contre, après avoir proféré cette phrase mémorable : « Qu'il savait bien qu'il n'y avait qu'un pas du » Capitole à la* roche Tarpéïenne. » Une autrefois, montrant du geste les grands révolutionnaires , assis du côté gauche de l'Assemblée , dans la partie qu'on appelait , tantôt le Palais-Royal , tantôt l'Enfer, tantôt la Montagne , il ne craignit pas de déclarer , sur un débat qui s'était élevé à l'occasion d'une phrase du président , dans laquelle on prétendait qu'il distinguait le serment constitutionnel de celui fait au roi : tt Qu'il combattrait toute es- » pèce de factieux qui voudraient porter atteinte » aux principes de la monarchie, dans quelque sys- » tème que ce fût, ei dans quelque partie du