CHAPITRE IV
instant de calme fait oublier les plus horribles tempêtes. Telle est la force de la fidélité , telle est l'influence des vrais principes ! La mort servit heureusement la gloire de Mirabeau. Le moment était arrivé où il allait opposer sa popularité et son énergie au torrent qu'il avait lui-même fait déborder sur la France. Il est douteux qu'il eût eu assez de forces pour pouvoir lui mettre un frein; mais il l'avait entrepris, et cela lui su (lit (i).
La cour n'avait plus pour soutien et protecteur que M. de La Fayette et l'état-major de la garde nationale. Mais le zèle de ces Messieurs était si tiède , et leurs prétentions si exclusives , qu'ils ne pouvaient inspirer une grande confiance aux amis du roi. Plusieurs de ceux-ci s'étaient rassemblés, au commencement de 1790, dans une espèce de club ou société littéraire , qu'ils avaient formé sous le nom de salon français. La populace et la garde na-
(1) Voici quel était le projet de Mirabeau, si l'on en croit des témoins bien inst uits. Le roi , sorti de Paris et rendu vers la frontière, y aurait trouvé une armée française rassemblée par les soins de M. de Bouille ou de tout autre général. Après avoir annulé la constitution de 1791 , Louis XVI en eût accordé une autre dont Mirabeau lui-même eût posé les bases. De nouveaux états-généraux auraient élé convoqués, et l'on eût proclamé Mirabeau premier ministre. « Qu'ils partent, disait-il , moi , je reste à Paris » pour Leur en ouvrir le chemin , s'ils tiennent leur serment. — » Mais sMs y manquent, lui dit un de ses amis , que ferez-vous? » — S'ils y manquent, je les f..s en république, a On trouvera, dans les Eclaircissemens et pièces justificatives, plus de développement sur ses projets et sur ses négociations avec la cour. (Note D.)
[Note desnouu. édit.)
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tionale les accablèrent de persécutions et d'injures; et , maigre les grands principes de liberté , les forcèrent de se séparer, après les avoir assièges dans le local qu'ils avaient choisi pour lire les feuilles publiques. Un autre club, formé par les députes du parti intermédiaire de l'Assemblée , qu'on appelait les impartiaux , les indépendans , ou les monarchistes, et dont M. de Clermont-Tonnerre était président, fut encore dénoncé, poursuivi et dissous par les jacobins qui montrèrent plus de haine pour ce club que pour la réunion des royalistes francs dont je viens de faire mention. La garde nationale laissa encore la populace chasser à coups de pierres les membres de ce club du lieu de leurs séances.
Lorsque le chef de ia garde nationale avait si peu d'influence sur sa troupe, il était tout naturel que les amis du roi , que d'anciens serviteurs de la f anulle royale, des gentilshommes accourus à Paris pour éviter les persécutions auxquelles ils étaient en butte dans leurs provinces, il était tout naturel, dis-je,que ces loyaux royalistes conçussent des inquiétudes sur la sûreté du château. On en voyait ordinairement un grand nombre dans les apparîemeus. il était difficile qu'un rassemblement pareil se fît sans qu'il se commît quelque indiscrétion. Je dois ici donner quelques détails sur l'origine de la dénomination des chevaliers du poignard , qui fut donnée aux personnes qui allaient faire leur cour au château.