CHAPITRE rv
Un gentilhomme de province , âgé de plus de soixante ans , le chevalier De Court , étant allé , très-simplement vêtu, faire sa cour an roi, cachait sous son habit un petit couteau de chasse , qu'il était accoutumé à porter ainsi de tout temps au lieu d'épée. Un homme de la garde nationale soldée, ayant aperçu le bout de ce couteau de chasse , arrêta ce gentilhomme , sous prétexte qu'il portait un poignard ; et cette méprise , qui fut reconnue dans l'instant , donna néanmoins lieu , aux ennemis de la cour , de dire qu'il existait une compagnie de chevaliers du poignard. Telle fut l'origine et la cause de l'événement qui suit :
Au mois de février 1 791 , des bruits sourds , des attroupemens journaliers , des propos des clubistes, firent connaître aux amis du roi que les jacobins méditaient quelque grand coup, et cherchaient encore à soulever le peuple. On savait qu'ils se plaignaient de ce que, non-seulement les jours de cour, qui étaient les jeudis et les dimanches, il y avait une très-grande afiluence de personnes en habit noir au château des Tuileries , mais qu'il y en avait même les autres jours de la semaine. Leurs émissaires ajoutaient que si ces personnes étaient toutes de service, le roi avait beaucoup trop de serviteurs, et que si c'était des étrangers, cette exactitude à s'y rendre aux mêmes heures, avec le même habillement, et en si grand nombre, cachait quelque projet. Ils cherchaient ainsi à donner le change snilesdesseinssinistresquiîsmcditaient eux-mêmes.
En effet , nous avions connaissance d'un complot pour enlever la personne de la reine , la séparer du roi , renfermer au Luxembourg, et faire sanctionner ensuite cet attentat par l'Assemblée nationale, au moyen d'une insurrection populaire, ainsi qu'on lui avait déjà fait sanctionner les attentats au 5 octobre. Nous avions soin de nous rendre auprès de la famille royale, pour prévenir, autant qu'il dépendrait de nous, cette nouvelle atrocité. Les jacobins , irrités des précautions que nous prenions pour faire échouer leur projet , résolurent de dissiper nos rendez-vous, et répandirent dans cette intention les bruits dont j'ai déjà parlé.
Bans le courant de la journée du 28 février, une multitude innombrable , rassemblée par Santerre, le héros du faubourg Saint-Antoine, s'étant portée le matin au donjon de Vincennes pour le détruire, et M. de La Fayette ayant marché à la tête de la garde nationale pour arrêter ce désordre ( 1 ) , nous conçûmes les plus vives inquiétudes pour le moment du retour de ce double assemblage de factieux. Nous crûmes que le moment où la conjuration devait éclater était arrivé; nous nous trouvâmes au nombre d'environ trois cents au château. A huit heures du
(1) Nous sûmes depuis que cette insurrection , dirigée par la faction .d'Orléans, avait pour but de faire mettre parle peuple le brasseur Santerre à la tête de la garde nationale, à la place de M. de La Fayette/ W-