CHAPITRE IY
soir, la garde soldée revint deVincennes, après avoir arrêté plusieurs mutins et dissipé le rassemblement. Comme nous la vîmes reprendre ses postes pour la garde du château , nous nous retirâmes tranquillement; mais à mesure que les personnes qui étaient chez le roi sortirent des appartenons, elles furent arrêtées, visitées, désarmées, frappées, et jetées au bas de l'escalier par les grenadiers de cette même garde soldée (1).
Quelques officiers de la garde nationale bourgeoise, avant vu maltraiter plusieurs personnes de la cour, furent indignés de la brutalité de cette garde soldée , et allèrent sur-le-champ en informer le duc de Brissac , ancien gouverneur de Paris , et capitaine-colonel des cent-suisses , et M. le duc de Villequier,i'un des quatre premiers gentilshommes
(1) Voici quelques circonstances omises par Weber et qu'il est bon de rappeler. M. de Villequier , en sa qualité de premier gentilhomme delà chambre , avait la faculté de distribuer des cartes d'entrée pour le château des Tuileries. Des cartes , dans tous les temps , se sont toujours délivrées avec légèreté et sans précautions. Trois cents personnes munies de cartes, pénétrer nt dans l'intérieur du château. La plupart étaient venues des département. Ce grand nombre dévisages inconnus causa de l'inquiétude à la garde nationale. Les trois cents porteurs de cartes lurent obligés de sor ir, après avoir déposé leurs armes dans des armoires. Le général La Fayette était alors à Vincennes. A son retour, on lui apprit ce qui s'était passé. Il adressa des reproches à ceux qu'il appela., dans son ordre du jour , les chefs de la domesticité , et se fit apporter les armes parmi lesquelles il y avait des couteaux de chasse et quelques poignards : ce qui fit désigner les trois cents par la dénomination de chevaliers du poignard. (Note des nouu. èdit.)
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de la chambre du roi , loyal chevalier, qui , depuis le commencement de la révolution jusqu'à ce jour, n'a cessé, ainsi que M. le duc de Piennes, son fils, de donner des preuves de fidélité et de dévouement à ses maîtres. Ces deux seigneurs allèrent aussitôt faire part au roi de ce qui se passait.
Sa Majesté s'empressa de sortir de son appartement, et dit à ceux qui étaient encore dans le salon des nobles : « Messieurs, je suis vivement touché » de l'intérêt sincère que vous prenez à ma per- » sonne, et je vous remercie du fond de mon » cœur; mais votre présence donne de l'inquiétude » à la garde nationale ; elle ne veut plus souffrir » auprès de moi d'autres défenseurs ; comme elle #i pourrait redouter que vous soyez armés, et » même que vous sortiez du château avec vos ar- » mes , vous n'avez qu'à les déposer ici. »
Le roi s'étant retiré , le duc de Villequier , au nom de Sa Majesté , donna ordre au valet de chambre ordinaire, de vider deux commodes près de l'appartement, afin d'y mettre les armes. Les choses ainsi disposées, tout le monde se retira, non sans avoir été fouillé par la garde soldée.
Vers les onze heures du soir, une nouvelle troupe de soldats ivres de cette même garde , se présenta dans les appartenons , força le valet de chambre du roi de lui remettre les armes qui venaient d'être déposées , les emporta toutes , et les vendit le lendemain à vil prix. Les journaux des jacobins publièrent, le jour suivant, que les che-
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vniiers du poignard avaient été chassés du château à coups de crosse et à coups de pied.
J'étais chez le roi à l'heure de cette expédition scandaleuse. La forme de mes pistolets m'ayant permis de les cacher dans ma ceinture, je sortis par le petit escalier de la reine, avec le chevalier de Ste.-Preuve, capitaine de dragons, M. de Gasville, exempt des gardes de la porte , et quelques autres personnes qui prirent la même précaution.
Nous fumes arrêtés par douze chasseurs de la garde soldée. L'officier s'avança, et nous demanda poliment Si nous avions des armes. D'après notre réponse , qui fut négative , il nous dit qu'il n'en doutait point, mais qu'il avait ordre de nous visiter. Dans le même instant, sans attendre notre réponse, il se baissa , eut l'air de tâter nos poches , et nous laissa passer au travers de deux rangs de soldats ? qui ne se permirent ni gestes ni propos outrageans.
Le roi tomba dangereusement malade , quelques jours après que cet outrage eut été commis dans son palais. Les cœurs n'étaient pas tous gangrenés. Les expressions de l'intérêt que la nation prit à la santé de son roi furent si vives et si multipliées , que l'Assemblée nationale , qui ne désapprouvait aucune des insultes que la populace et les journaux faisaient à ce prince , crut devoir décréter qu'il serait chanté un Te Deum solennel pour sa convalescence , et qu'elle y assisterait en corps. Le maire de Paris et le président de l'Assemblée vinrent féliciter Sa Majesté à celte occasion.
La cause de la maladie du roi provenait autant de l'excès du chagrin que lui causaient tous les malheurs qu'il ne pouvait empêcher, que par la stagnation des humeurs, engendrée par le défaut absolu de mouvement; ce prince, qui avait été accoutumé toute sa vie à des exercices violens que sa constitution nécessitait, n'en faisait plus d'autre, depuis six mois, que d'aller dès le matin, le long de la terrasse de l'eau, voir son fils. Ce jeune prince passait toutes les matinées chez l'abbé Davault son instituteur , pour lequel on avait arrangé un petit appartement, dans celui des pavillons des angles des Tuileries qui termine cette terrasse. C'était là la promenade ordinaire du roi; encore fallait-il qu'elle fût terminée avant midi , parce qu'à cette heure les portes des Tuileries étaient ouvertes au public.
Les médecins du roi lui ayant conseillé d'aller , pendant sa convalescence, prendre l'air de la campagne , la cour fît ses dispositions pour aller passer à St.-Cloud les premiers jours du printemps. Tous les préparatifs de ce voyage furent publics ; mais la faction qui ne négligeait aucune occasion d'alarmer le peuple , et d'entretenir la fermentation , répandit le bruit que ce voyage cachait un projet d'émigration de la famille royale. On alla jusqu'à dire que l'indisposition que le roi venait d'essuyer, n'était qu'une feinte pour prétexter la nécessité d'un changement d'air, et fournir à la famille royale «Ls moyens plus sûrs de fuir; que ce n'était