CHAPITRE IV
pas pour Saint-Cloud qu'était projeté ce voyage, mais pour Metz ou quelque autre ville fortifiée ; et que , dans le doute , il convenait de s'opposer à tout déplacement de la famille royale (i). Les jacobins , informés par les bas-officiers de la bouche et des écuries de l'heure du départ du roi, rirent attrouper la multitude dans la matinée du 1 8 avril, et excitèrent la garde soldée à maltraiter les personnes de service et à s'opposer à ce voyage.
L'heure fixée pour le départ étant arrivée , la famille royale se présenta ; les voitures partirent , mais ne purent faire que quelques pas dans les cours. Les rebelles , postés le sabre à la main devant la porte , empêchèrent l'avant-garde , les écuyers et
(1) On imprima , dans les journaux du temps , « que ce fut un » scrupule du roi qui occasiona cet événement fâcheux pour sa » tranquillité ; que Sa Majesté , après avoir sanctionné tous les » décrets relatifs à la constitution civile du clergé , avait écrit à » l'évêque de Glermont , qui passait pour le plus orthodoxe de tous » les prélats , pour lui demander si cet acte de condescendance à » cet égard était contraire à ses devoirs; que ce prélat lui avait » répondu que , quelque purs qu'eussent été les motifs de cette » sanction , elle était cependant répréhensible aux yeux de Dieu , » et qu'il conseillait à Sa Majesté de suspendre la communion pas- » cale, etc.; que ce fut en conséquence de cette décision que le » roi , dont toutes les actions étaient surveillées , appréhendant de » causer du scandale en ne recevant pas les sacremens dans le » temps de Pâques , voulut passer cette quinzaine à Saint-Cloud. » Je ne sais sur quel fondement on débita cette histoire; ce qu'il y a de certain, c'est que le 18 avril, jour ou cette insurrection eut lieu , était le lundi de la semaine sainte , et qu'alors il était permis en France d'être de toute religion , à l'exception de la religion catholique, apostolique et romaine , dans laquelle on était né. W.
5o MÉMOIRES DE AVEBER .
toute la suite de passer outre. Ou entendait mille clameurs, telle que celle-ci : « A bas les valets ! » à bas les chevaux î On ne doit pas sortir de Pa- )) ris avant la fin de la constitution ! »
Dans cette position, le roi ayant aperçu, à quelque distance de sa voiture , un de ses maîtres-d'hotel , le sieur Gougenot , régisseur général , l'appela pour lui dire de faire revenir les premiers officiers , ainsi que tout le service du château qui attendait la cour à Saint-Cloud.
Les chefs de la cabale avaient toujours soin d'enivrer les grenadiers de la garde soldée , quand il s'agissait de quelque émeute. Ces derniers , voyant un homme en frac parler au roi , le maltraitèrent à deux pas de la voiture, déchirèrent son habita force de le pousser et de le frapper , et finirent par l'entraîner dans un coin de la cour du château , où ils se proposaient de le pendre, disant que c'était un aristocrate , un espion à qui le roi avait donné des ordres contre-révolutionnaires.
Témoin de cette avanie , la reine , dont lame compatissante s'intéressait à chaque individu attaché à la maison royale , et à plus forte raison aux serviteurs victimes de leur fidélité, s'élance à micorps hors de la portière , en criant aux grenadiers : Laissez cet homme , Messieurs , il est fuit pour parler au roi y il a droit de prendre les ordres du roi; il est à nous.
La reine , qui s'était aussi adressée aux officiers de la garde nationale bourgeoise , pour les prier