CHAPITRE IV
(i) RELATION du Voyage de Varennes , par iSlaru-Tliéicsc-Chaiiotte do. France , S. A, R. Madanw la Duchesse d'Augoulënie.
Pendant toute la journe'e du 20 juin 1791 , mon père et ma mère me parurent très-agités et occupés, sans que j'en susse les raisons. Après le dîner, ils nous renvoyèrent, mon frère et moi, dans une chambre, et s'enfermèrent seuls avec matante. J'ai su depuis , que c'est dans ce moment-là qu'ils informèrent ma tante du projet qu'ils avaient de s'enfuir. A cinq heures, ma mère alla se promener avec mon frère et moi , madame de Maille , sa dame du palais , et madame de Soucy , sous-gouvernante de mon frère , à Tivoli , chez M. Boutin, au bout de la Chausse'e-d'Antin.
Dans la promenade , ma mère me prit à part , me dit que je ne devais pas m'inquiéter de tout ce que je verrais, et que nous ne serions jamais séparées long-temps ; que nous nous retrouverions bien vite. Mon esprit était bouche, et je ne compris rien du tout à tout cela : elle m'embrassa, et
(1) Ce morceau précieux m'a clé confié en 1796 ,lorsquemadame Royale aniva des pùsons du Temple à la cour de Vienne. S. A. II. avait alors 17 ans*. W.
*Tout rapide cjn'il est, le moreeau qtfon va lire donne, en effet, un gr. nd prix aux Mémoires de Weber j il en reçoit un nouveau qu;in«i on compare le sort actuel de la princesse, avec celui qu'elle éprouvait alors. Rien n'égale l'intérêt qu'inspiraient des malheurs inouis, si ce n'est le eoura^e avec lequel ils furent supportés» .{Note des nouv. édit.)
me dit que si ces clames me demandaient pourquoi j'étais si agitée, je devais dire qu'elle m'avait grondée , et que je m'étais raccommodée avec elle. Nous rentrâmes à sept heures; je retournai chez moi bien triste , ne comprenant rien du tout à ce que ma mère m'avait dit.
J'étais toute seule : ma mère avait engagé madame de Mackau d'aller à la Visitation, où elle allait souvent , et elle avait envoyé à la campagne la jeune personne qui était d'ordinaire avec moi. J'étais à peine couchée que ma mère vint ; elle m'avait ordonné de renvoyer tous mes gens , et de ne garder qu'une femme près de moi, sous prétexte que j'étais incommodée. Ma rnère vint, et nous trouva seules; elle dit à cette femme et à moi , qu'il fallait partir sur-le-champ , et ordonna comment il fallait s'arranger. Elle dit à madame Brunyer , qui était cette femme qui était avec moi, qu'elle désirait qu'elle nous suivît ; mais que cependant , comme elle avait son mari , elle pouvait rester. Cette femme dit tout de suite, sans balancer , que ma mère faisait très-bien de partir ; qu'il y avait trop long-temps qu'elle était malheureuse , et que , pour elle , elle quitterait tout de suite son mari pour la suivre où elle voudrait. Ma mère fut très -touchée de cette marque d'attachement. Elle redescendit chez elle , et souhaita le bonsoir à Monsieur et à Madame, qui étaient venus, comme à l'ordinaire , souper avec mon père. Monsieur était instruit du voyage. En rentrant il se coucha, mais