‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 30 sur 151 · CHAPITRE IV. O · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. O

se releva sur-le-champ, et partit avec M. d'Avaray , jeune homme qui le fît sortir de tous les périls de sa route, et qui est encore avec lui. Pour Madame , elle ne savait rien du voyage ; ce ne fut que quand elle fut couchée , qu'une madame Gourbillon, qui était sa lectrice, vint lui dire qu'elle était chargée , de la part de la reine et de Monsieur, de l'emmener hors de France.

Monsieur et Madame se rencontrèrent à une poste, où ils ne firent pas semblant de se connaître, et arrivèrent heureusement à Bruxelles. Mon frère avait été aussi réveillé par ma mère , et madame de Tourzel le conduisit à l'entre-sol de ma mère. Je descendis aussi avec lui. Nous trouvâmes là un garde-du-corps , nommé M.deMaldan, qui devait nous faire partir; ma mère vint plusieurs fois nous voir : on habilla mon frère en petite fille ; il était charmant : comme il tombait de sommeil, il ne savait pas ce qui se passait. Je lui demandai ce qu'il croyait qu'on allait faire ? Il me dit qu'il croyait qu'on allait jouer la comédie , parce que nous étions déguisés. A dix heures et demie, quand nous fûmes tous prêts , ma mère nous conduisit elle-même à la voiture, au milieu de la cour, ce qui était beaucoup s' exposer . Nous nous mîmes en voiture , madame de Tourzel , mon frère et moi . M. de Fersen était le cocher. Pour dérouter , on nous fit faire plusieurs tours dans Paris. Enfin nous retournâmes au petit Carrousel , qui est très-près

des Tuileries. Mon frère était couché dans le fond de la voiture, sous les robes de madame de Tcurzel. Nous vîmes passer M. de La Fayette , qui était au coucher de mou père ; et nous restâmes la à attendre au moins une grande heure, sans savoir ce qui se passait. Jamais le temps ne m'a paru plus long.

Madame de Tourzel voyageait sous le nom de madame la baronne de Koiff; ma mère était la gouvernante de ses en fans , et s'appelait madame Rochet ; mon père , le valet de chambre Durand ; ma tante, une demoiselle de compagnie, Rosalie; mon frère et moi, les deux filles de madame de Koi flf, sous les noms d'Amélie et d'Aglaé. Enfin, au bout d'une heure , je vis une femme qui tournait autour de la voiture. J'eus peur qu'on ne nous découvrit; mais je fus l'assurée en voyant que le cocher ouvrait la portière, et que celait ma tante. Elle s'était enfuie seule avec un de ses gens. En entrant dans la voiture, elle marcha sur mon frère qui était dans le fond , et il eut le courage de ne pas se plaindre. Elle nous assura que tout était tranquille, et que mon père et ma mère viendraient bientôt. Eu effet, mon père arriva peu après, et puis ma mère avec le garde-du-corps qui devait nous suivre. Nous nous mimes en chemin, et il ne nous arriva rien jusqu'à la barrière. Là, il y avait une voiture de poste qui devait nous conduire : M. de Fersen ne savait pas où elle était.

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