‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 4 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

époque. 11 se contenta de lui faire donner, sous la tonne d'un prêt , quelque argent par un intermédiaire ; et il resta dans la possession paisible de premier conseiller , gouverneur et commandant en chef de la famille royale , pendant son séjour aux Tuileries.

Marie- Antoinette , qui n'apercevait presque plus autour d'elle et du roi que des figures inconnues , que des hommes qui n'avaient d'énergie que pour les insulter, ou au moins les braver, et très-peu qui en eussent pour la protéger efficacement , avait toutes les peines à dissimuler le chagrin profond qui lui navrait le cœur.

Pour donner une idée de sa situation , et des efforts qu'elle faisait sur elle-même, je vais citer une anecdote , qui fera connaître en même temps l'esprit et la sensibilité de M. le dauphin.

Les femmes de chambre de la reine s'entretenaient un jour de la bienfaisance de Sa Majesté, qui venait de donner une dot à une demoiselle bien née , afin de la mettre à portée d'épouser un honnête homme peu fortuné , qui la recherchait depuis long-temps. Cette conversation ayant été continuée en présence du dauphin : Ah! que celle demoiselle va être contente , dit une d'entre elles , quand elle saura cette bonne nouvelle! Elle sera heureuse comme une reine. L'application de ce proverbe ayant frappé le dauphin, lui lit faire un mouvement très-vif ; et jetant les yeux sur la personne qui venait de prononcer ces mots , il lui dit

les larmes aux yeux : Ce n est certainement pas de maman que vous voulez parler, lorsque vous vous exprimez ainsi. Toutes ces femmes, étonnées de la réflexion de ce jeune prince , baissèrent les yeux ; il ny eut que la dame de Neuville, première femme de chambre , qui osa prendre la parole , en disant : Eh ! pourquoi la maman de monseigneur n est-elle pas heureuse ? Le jeune prince poussa un profond soupir , en serrant les deux mains de cette dame ; et regardant mystérieusement autour de lui , pour voir s'il n'y avait pas d'étrangers , il ajouta d'une voix entrecoupée : Non, vous dis-je > maman ne peut pas être heureuse y elle pleure toujours. Ce récit fit verser des larmes à toutes ces dames. Voilà donc y se disaient-elles, la cause des jeux rouges de notre malheureuse maîtresse. Quelle grandeur d'âme , de passer ainsi la nuit dans les pleurs, et d'avoir la force de conserver pendant le jour la sérénité sur le front 9 et le sourire sur les lèvres !

Mais revenons à la suite des attentats de la faction révolutionnaire.

La disette des subsistances cessa du moment que les complots du 5 octobre eurent échoué. Chacun se procura sans peine le pain qui lui était nécessaire , pendant les huit jours qui suivirent l'arrivée du roi à Paris. Mais lorsqu'on vit le duc d'Orléans partir d'une manière aussi imprévue et aussi équivoque , ses agens secrets recommencèrent à agiter la populace. Il se forma des attroupemens à la

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