CHAPITRE IV. , 5g
Il fallut attendre long-temps là , et mon père même descendit , ce qui nous donna beaucoup d'inquiétude ; enfin, M. de Fersen revint après avoir trouve l'autre carrosse. Nous changeâmes de voiture; M. de Fersen souhaita le bonsoir à mon père et s'en fuit ( i ).Les trois gardes-eu-corps étaient MM. de Maldan , Dumoutier et Valory. Ce dernier faisait le courrier; les autres , les domestiques, l'un à cheval, l'autre assis sur la voiture. On avait changé leurs noms ; le premier s'appelait Saint- Jean ; le second , Melchior ; 1'aulre , François. Les deux femmes de chambre qui étaient parties avant nous , nous retrouvèrent à Bondy ; elles étaient dans une petite voiture; nous nous mimes en marche. Le jour commentait à venir. Laus la matinée ? il ne se passa rien de remarquable; cependant, à dix lieues de Paris ou rencontra un homme à cheval, qui suivaittoujours la voiture. A Etoges on crut être reconnu. A quatre heures on passa la grande ville de Chàlous-sur-Marne. Là , on fut reconnu tout- à-fait. Beaucoup de monde louait Dieu de voir le roi, et faisait des vaux pour sa fuite. La poste après Chàîons , on devait trouver des troupes à cheval pour entourer la voiture jusqu'à Moutmédy ; arrivé là, personne ne s'y trouva. Nous restâmes dans l'attente d'en trouver jusqu'à huit heures. Nous passâmes à la fin élu jour à Clermont.
(0 II alla jusqu'à Bondi , où l'attendait une voiture de retour. Il partit dans la journée pour retourner en Suède. W.
Là, on vit des troupes, mais tout le village était ameute' , et ne voulait pas les laisser monter à cheval. Un officier reconnut mon père, s'approcha de lui , et lui dit tout bas qu'il était trahi. Nous vîmes là aussi M. Charles de Damas, mais il n'y pouvait rien. Nous continuâmes notre route ; la nuit était tout-à-fait venue , et malgré l'agitation et l'inquiétude où l'on était , tout le monde s'endormit dans la voiture. Nous fûmes réveillés par un cahot affreux , et en même temps on vint nous dire qu'on ne savait pas ce qu'était devenu le courrier qui allait devant la voiture. On peut juger de la peur qu'on eut ; on crut qu'il avait été reconnu et pris. Enfin nous étions au commencement du village de Varennes. Il y a à peine une centaine de maisons. Dans ce lieu, point de poste; et d'ordinaire , les personnes qui voyagent font venir des chevaux. Nous en avions, mais ils étaient au château , de l'autre côté de la rivière , et personne ne savait où les trouver. Enfin le courrier revint ; il amena avec lui un homme qu'il croyait qui était dans le secret; cet homme, je crois, était un espion de La Fayette. Il vint à la voiture en bonnet de nuit et en robe de chambre ; il se jeta presque tout entier dedans ; il disait qu'il avait un secret , mais qu'il ne voulait pas le dire. Madame de Tourzel lui demanda s'il connaissait madame de Korff ; il dit que non; depuis, je n'ai plus revu cet homme. On vint à bout de persuader aux postillons que les chevaux étaient au château ; ils se mirent