CHAPITRE IV. (il
à marcher, mais bien doucement. Arrives au village , nous entendîmes des cris affreux autour de la voiture : Arrête , arrête ! On s'empara des postillons , et en un moment la voiture fut environnée de tout plein de monde armé et de flambeaux. Ils nous demandèrent qui nous étions ? On leur répondit madame de Korff et sa famille. Ils prirent des lumières, les mirent justement devant mon père , et nous signifièrent qu'il fallait descendre. On leur dit que non ; que nous étions de simples voyageurs , et que nous devions passer. Ils nous sommèrent de descendre , ou qu'ils nous tueraient tous ; au même instant tous les fusils se tournèrent contre la voiture. Nous descendîmes , et en traversant la rue, nous vîmes passer six dragons à cheval. Il n'y avait malheureusement pas d'officiers; car , sans cela , six hommes bien déterminés auraient pu faire peur à tous ces gens , et sauver le roi.
Maintenant , après avoir rapporté ces souvenirs naïfs et touchans de l'innocence et de la vérité , s' exprimant par la bouche de la plus intéressante princesse de l'Europe, je vais offrir un récit plus détaillé de ce même voyage , des causes qui le motivèrent , et des circonstances qui l'accompagnèrent et le suivirent. Je le dois aux bontés d'un ministre de Louis XVI , en pays étranger, le marquis de Bombelles. Il lui fut adressé par un prélat distin-
gué qui a joui , pendant plus de deux années , d'une grande confiance de la part du roi et de la reine. L'habitude que ce prélat eut de voir Leurs Majestés dans leur intimité, en 1 79 r et en 1792 .1 donna de fréquentes occasions d'apprendre de leur bouche les détails qu'il confia ensuite à l'amitié. J'ose croife que ce morceau d'histoire mérite infiniment plus de croyance que les relations de cet événement qui ont été publiées jusqu'à ce jour, lesquelles sont presque toutes défigurées et altérées , soit par la partialité, soit par des motifs personnels.
■ RELATION du Fbj'rrgn, de ï~arennes , adressée
par un Piélat , membre de V Assemblée consti-
tuanle , à un Ministre en pajs étranger (1).
Il n'a fallu rien moins que le désir que vous m'avez montré, pour me déterminer à mettre par écrit les douloureux détails venus à ma connaissance du voyage de Varennes. Il y aura sans doute beaucoup de relations de cet événement , l'un de
(1) Le prélat est, suivant toute apparence, M. de Fontanges, archevêque de Toulouse; le ministre, M. le marquis de Bombelles. Nous comparerons ce récit intéressant avec les deux nai rations publiées par deux des trois gaides-du-co: ps qui accompagnaient la famille royale. L'éiendue de ce parallèle nous force à le renvoyer à la fin du volume , avec les pièces justificatives {Note E).
( Note des nouv. èdit. )