‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 33 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ceux qui ont le plus influé sur le sort de la révolution et du roi. Il y a à parier qu'elles ne s'accorderont point entre elles, soit parce que de toutes les personnes qui ont été à portée de tout connaître par elles-mêmes , il n'existe plus que Madame , fille du roi , alors bien jeune , et madame de Tourzel ( i ) ; soit parce que les autres acteurs n'ont vu qu'une partie de l'événement , et ont quelque intérêt à présenter les faits, même ceux qu'ils ont pu le mieux savoir , un peu autrement qu'ils ne se sont passés. Je n'ai pas la prétention de vous faire une relation exempte de toute erreur, j'ai seulement celle de vous retracer fidèlement , et sans partialité , ce qui est resté gravé dans ma mémoire , des conversations que j'ai eues avec la reine elle-même, ensuite avec M. de Bouille , et avec d'autres personnes qui m'ont paru très-bien instruites de toutes les particularités de cet événement.

Le roi s'était constamment refusé à sortir de Paris , pendant les années 1789 et 1790, malgré les instances de ses serviteurs les plus dévoués , l'évidence des raisons qui devaient l'y déterminer, et les facilités que plusieurs circonstances lui ont quelquefois présentées , surtout pendant le séjour

(1) Cetfe dame jouissait dans le monde de la considération la mieux méritée; lorsqu'elle fut nommée gouvernante desenfans de France, la reine lui dit avec sensibilité: « En vous confiant mes enfans, madame, je suis sûre de les mettre entre les mains de la vertu même. » W«

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assez long qu'il fît à Saint-Cloucl , durant l'été de 1790. J'en raisonnai plusieurs fois avec la reine : elle me répondit constamment que le roi avait pris son parti là-dessus , qu'il était inutile de lui en parler; et quand j'insistais , elle me fermait la bouche en me disant : « Que voulez-vous que le roi » fasse loin de Paris , sans argent , sans moyens » personnels pour rappeler l'armée à la fidélité , » sans lumière pour se diriger , sans conseil pour » suppléer à ce qui lui manque ; et outre cela » avec son horreur pour la guerre civile ? n'eu » parlons plus. ))

Je crois en effet que ces raisons auraient constamment retenu le roi auprès de l'Assemblée, si elle se fut tenue dans les bornes de la modération , et d'une sorte d'égards pour sa personne, qui sembla diriger la majorité pendant l'été de 1790 ; mais le projet presque hautement avouç, de s'emparer du pouvoir exécutif, et de l'exercer jusque dans ses moindres détails; le renvoi des anciens ministres , pour y substituer des ministres révolutionnaires , et surtout l'atroce persécution contre la religion et ses ministres fidèles, dont le roi semblait être complice, furent , je crois, les véritables motifs qui , en lui rendant sa situation absolument intolérable , lui firent naître , vers la fin de 1 790 , le désir de se soustraire à l'empire que l'Assemblée avait pris sur lui. La reine fut d'abord la seule personne à laquelle il s'ouvrit de ce projet: soit qu'elle fût frappée des raisons que j'ai indiquées

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