‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 34 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

plus haut, soit que , par pressentiment ou par une sagacité dont je lui ai vu des exemples étonnans , elle pre'vît les malheurs qui arriveraient , non-seulement elle ne chercha pas à l'affermir dans l'idée de fuir, mais elle ne voulut s'en occuper sérieusement qu'à ses instances réitérées , et lorsqu'elle se fut bien convaincue que son parti était pris invariablement.

Les circonstances étaient telles qu'il ne fallait songer à sortir de Paris que par adresse. La force aurait été inutile et du plus grand danger : l'adresse même n'était pas sans de grandes difficultés. Quoique le roi se fût proclamé libre dans toutes les occasions, depuis que quinze mille baïonnettes et vingt pièces de canon l'avaient conduit de Versailles aux Tuileries; quoique l'Assemblée se mît en fureur toutes les fois qu'il échappait devant elle le plus petit doute sur la liberté du roi , il n'en était pas moins vrai que Louis XVI et toute sa famille étaient prisonniers , et prisonniers gardés à vue ave-J la plus grande surveillance. Tous les jours six cents gardes nationaux, tirés des sections de Paris , montaient la garde aux Tuileries. Deux gardes à cheval étaient constamment devant la porte extérieure. Tous les postes du dehors, c'est-à-dire les postes du château et des cours , étaient partagés aux gardes suisses et aux gardes nationales. Deux corps-de-garde de ces troupes étaient postés au Pont-Tournant, et des sentinelles à toutes les autres portes du jardin des

Tuileries. La terrasse sur la rivière était garnie de sentinelles de cent en cent pas.

Dans l'intérieur, les gardes et les sentinelles étaient encore plus multipliés que les gardes-ducorps à Versailles. On en trouvait jusque dans les issues qui conduisaient aux cabinets du roi et de la reine, et jusque dans un petit corridor noir, pratiqué dans les combles , où étaient des escaliers dérobés pour le service de Leurs Majestés. Les officiers de la garde nationale faisaient le service des officiers des gardes-du-corps. Ni le roi , ni la reine ne pouvaient sortir qu'ils ne fussent accompagnés d'un certain nombre d'eux. Outre cette surveillance stricte et publique , il y en avait une autre qui n'était pas moins difficile à tromper , c'était celle des valets de l'intérieur; presque tous étaient des espions. J'ai vu la reine convaincue que, sur toutes les personnes de son intérieur , elle ne pouvait compter que sur ses premières femmes de chambre; et parmi ses gens, sur un ou deux valets de pied. Quant au roi , je crois que ses quatre premiers valets de chambre étaient les seuls auxquels il pût se fier.

Avant de penser aux moyens d'échapper à tant de surveijlans ^et de les combiner, le roi et la reine s'occupèrent du lieu de leur retraite , et de s'assurer une force militaire capable de les mettre à l'abri du danger du premier moment.

Ils jetèrent, pour ces deux objets, les yeux sur Me le marquis de Bouille; ils ne pouvaient mieux

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