‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 35 sur 151 · CHAPITRE IV. 6j · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 6j

choisir : une grande réputation, le premier talent militaire du royaume , de la hardiesse unie à la prudence , l'estime des troupes , M. de Bouille réunissait tout cela. Il commandait en chef à Metz, en Lorraine , en Alsace. Sa constance à se tenir dans son commandement avait conservé là plus de troupes fidèles qu'ailleurs , et il venait tout récemment d'ajouter à sa gloire et à la terreur que son nom inspirait aux factieux , en forçant , avec une poignée de monde , la garnison rebelle de Nancy à se soumettre à un ordre du roi et de l'Assemblée. Il restait toujours à Metz, ou dans son commandement qu'il n'avait pas quitté depuis le commencement de la révolution.

Le roi lui écrivit pour lui faire l'ouverture de son projet, et l'engager à le seconder. Sa première réponse fut de tâcher de détourner Sa Majesté d'une résolution dont le danger, pour le roi , le frappait bien plus que les avantages qui pouvaient en résulter pour la chose publique. Mais le roi ayant insisté , avec une volonté qui lui parut aussi réfléchie que déterminée , M. de Bouille se livra avec tout le courage , la hardiesse et la sagesse qui font la partie brillante de son caractère , à combiner les moyens qui dépendaient de lui.

Le lieu de retraite fut déterminé à Montmédy : c'est une ville très-forte , sur les confins de la Champagne, l'endroit des frontières le plus rapproché de Paris , touchant les terres de l'empereur, et très à portée de Luxembourg. En cas de mal-

()ft MÉMOIRES DE WEBER.

heur , la retraite dans ce boulevard , estimé le plus fort de l'Europe , était facile. Un autre avantage et ait de pouvoir recevoir facilement des secours d'une armée autrichienne, si on en avait besoin. Ce cas étant possible , et même probable , il fut convenu de mettre l'empereur dans la confidence , et de l'engager à envoyer dans Luxembourg , sous le prétexte des troubles de Flandre , un corps de vingtcinq mille hommes qui serait aux ordres du roi. C'était Léopold qui était depuis un an sur le trône des Césars. Il promit tout ce qu'on devait attendre de sa générosité ; il fît ses dispositions avec un secret digne de sa sagesse , et il attendit avec anxiété l'événement duquel allait dépendre le salut de sa sœur et de son beau-frère , la tranquillité de ses Etats et celle de l'Europe.

M. de Bouille proposa d'abord la route de Flandre, comme la plus courte et la plus sûre pour sortir du royaume, et venir à Montmédy par l'extérieur. Ce projet fut rejeté, parce que, sous aucun prétexte , le roi ne voulait sortir du royaume. Sa raison était de ne pas donner lieu à la déchéance prononcée par un décret contre le roi qui quitterait le royaume. Alors M. de Bouille conseilla la route de Reims pour aller à Montmédy ; elle présentait l'avantage d'avoir peu de villes à traverser, et d'être aisée à couvrir ; mais la figure du roi était trop connue dans Reims. Cette objection fît rejeter cette route , et on convint de celle de Châlons , par Clermont et Varennes. Il fut convenu que

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