CHAPITRE IV
porte des boulangers; et la vie de ces malheureux , à la cupidité desquels 011 feignit d'attribuer la cherté des subsistances ( 1 ) , ne fut pas en sûreté . Un d'entre eux , nommé François , qui avait cuit toute la nuit , fut accusé d'accaparement ; en conséquence , il fut pendu par la populace à la même lanterne où Foulon l'avait déjà été , et sa tête fut portée au bout d'une pique, devant les fenêtres des Tuileries.
Cet événement engagea l'Assemblée nationale à décréter la loi martiale contre les attroupemens futurs. Un des coupables du meurtre fut saisi, jugé et exécuté. C'était un des porte-faix de la Halle-au-Blé, connu sous le nom de fort de la Halle. Ceux qui avaient été témoins du supplice, plus étonnés qu'effrayés , disaient ingénuement : « Mais quelle » liberté avons-nous ? On ne peut donc plus pendre » personne ! » On fit un service solennel pour le malheureux boulanger ; on constata publiquement son innocence , et même sa moralité ; on accorda une indemnité, sur le trésor public , à sa veuve et à sa famille , et Marie-Antoinette y ajouta une petite pension sur sa cassette.
L'Assemblée nationale se transporta à Paris , le
(1) On est aussi étonne qu'indigné de voir le continuateur de V Histoire de France , de l'abbé Millot, ouvrage estimé, dire que la disette factice qu'éprouvait alors la ville de Paris était l'effet des machinations de la cour de Londres. Comment peut-on répéter , long-temps après que les jugemens ont dû s'épurer , des absurdités que la sottise dictait alors à la fureur ? W.
tq octobre. Elie y tint ses séances, pendant vingt jours , à l'archevêché , jusqu'à ce que le manège des Tuileries , qu'elle avait choisi , fût prêt à la recevoir ( i ) .
Un homme à tête ardente , M. le marquis de Favras , s'imagina alors qu'il serait possible de faire la contre-révolution. Il ne s'agissait , dans son plan, que d'enlever le roi , de le conduire à Péronne , de s'assurer des personnes du marquis de La Fayette et de M. Necker ; de réunir douze mille hommes à cheval dans Paris , et de les faire soutenir par une armée composée de vingt mille Suisses, vingt mille Sardes , et douze mille Allemands. Il communiqua son plan à quelques personnes qui avaient l'honneur d'approcher S. A. R. Monsieur.
(1) Ce choix fui l'objet de beaucoup de plaisanteries , et donna lieu à plusieurs pamphlets, parmi lesquels on en distingue un en trois parties, intitule : Les Chevaux au manège, que nous ferons connaître à la fin de ces Mémoires [Note A). Ce qui rend cet opuscule remarquable , c'est que l'auteur ne ménage aucun parti et ne fait exception de personne. Ainsi Mirabeau , sous le nom du Pétulant, est représenté comme vicieux et n ayant rien de sacré ; L'abbé Maury, comme honteusement fameux par une basse complaisance et
des faveurs déshonnêtes ; l'abbé de M , comme un ambiticu.x ,
dont la marche fut toujours tortueuse et ambiguë; d'Eprémcsnil , comme un ênergumène; le chevalier de Boufflers , comme un être nul; Cazalès enfin , à qui ses ennemis mêmes ne pouvaient contester un beau talent , Cazalès offre , selon l'auteur, un mélange adultère de philosophie et de pusillanimité , d'éloquence et de bavardage , de rigidité et de flexibilité de principes , d'orgueil et de popularité. Quelques-uns de ces traits sont exacts , beaucoup sont injustes; mais la brochure n'en eut pas moins le succès qu'obtient, toujours la malignité, . {Note des nouv. édit.)