‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 44 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'appartement de M. de Villequier. Il avait la même perruque et le même habit qu'avait le roi à son départ ; comme sa taille ressemblait assez à celle du roi , cela a pu servir à empêcher que le roi ne fût reconnu en traversant les cours le i\ juin.

Madame Elisabeth sortit la première avec madame Royale, suivie à peu de distance de madame de Tourzel emmenant monseigneur le dauphin. L'un des trois gardes-du-corps l'accompagnait. Soit hasard , soit fait exprès , une des sentinelles des cours , qui , en se promenant , croisait le chemin par où les deux princesses devaient passer , tourna le dos au moment où il était près d'elles et allait les rencontrer. Madame Royale le remarqua, et dit bas à madame Elisabeth : Ma tante , nous sommes reconnues. Cependant elles sortirent des cours sans être remarquées , et se rendirent suivies , comme je l'ai déjà dit , de madame de Tourzel et du jeune prince , sur le petit Carrousel , au coin de la rue de l'Échelle, où M. de Fcrsen les attendait avec une voiture. C'était un carrosse de remise , ressemblant assez , par sa forme et les chevaux qui le menaient , à ce qu'on appelle à Paris un fiacre ; il l'avait loué dans un quartier éloigné ; et c'était lui qui servait de cocher , habillé comme le sont ces espèces de cochers. Il était si bien déguisé, que pendant qu'il attendait, ayant déjà dans sa voiture les deux princesses , monseigneur le dauphin et madame de Tourzel, un fiacre vide s' étant arrêté près de lui , le cocher , qui croyait parler à l'un de

ses camarades , l'attaqua de conversation sur ce qui peut en faire le sujet ordinaire entre gens de cette espèce : elle dura assez long-temps , et M. de Fer-> sen la soutint avec assez de présence d'esprit , dans le jargon de cocher de remise , pour ne donner aucun soupçon à sou confrère. Il s'en débarrassa après lui avoir donné une prise de tabac dans une mauvaise tabatière qu'il avait : peu de temps après, le roi arriva accompagné du second garde-ducorps ; il y eut un assez long intervalle entre sa sortie et celle de la première bande , mais elle ne fut pas moins heureuse , quoique une de ses boucles de souliers s étant cassée , assez près d'une sentinelle de la porte du Carrousel, il fut obligé de la raccommoder presque sous ses jeux. La reine , qui devait sortir la dernière , se fît attendre plus d'une demi-heure , et donna bien des inquiétudes aux voyageurs. On lui avait laissé le troisième garde-du-corps pour l'accompagner et lui donner le bras. Tout alla bien jusqu'à la grande porte de la cour royale ; mais au moment où elle sortait, elle voit venir la voiture de M. de La Fayette , avec des flambeaux et ses gardes ordinaires ; il rentrait chez lui, et traversait le Carrousel pour gagner le Pont- Royal. La reine avait un chapeau qui lui couvrait le visage; la nuit était fort obscure; elle se rangea près de la muraille , pour laisser passer la voiture de M. de La Fayette. Après avoir échappé à ce d nger , elle dit à son garde-du-corps de la conduire sur le Petit-Carrousel , au coin de la rue de l'E-

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