CHAPITRE IV
chelle , c'est-à-dire à deux cents pas de l'endroit où ils e'taient ; son guide connaissait encore moins Paris qu'elle ; il était trop dangereux de demander le chemin si près de la porte des Tuileries ; ils tournèrent au hasard à droite , tandis qu'ils devaient prendre à gauche , passèrent les guichets du Louvre y traversèrent le Pont-Royal , et errèrent assez long-temps sur les quais et dans la rue du Bac. Il fallut enfin se résoudre à demander leur chemin. Une sentinelle du pont le leur indiqua : il leur fallut revenir sur leurs pas , repasser sous les guichets , et longer les cours des Tuileries pour arriver à la rue de l'Echelle. Ils parvinrent enfin à la voiture , sans autre accident que du temps perdu ; mais c'en était un trop réel ; le prix de chaque minute était incalculable.
Toute l'illustre caravanne étant réunie , on se mit en route pour aller joindre la voiture qui attendait au-delà de la barrière Saint-Martin. Elle était attelée de six chevaux , avec un postillon de M. de Fersen qui était un étranger, ne sachant pas un mot de français , et ignorant qui il devait conduire. M. de Fersen n'osa mener son carrosse de remise par le plus court chemin , parce qu'il ne connaissait pas assez les rues de Paris , pour hasarder de traverser la nuit cette ville immense , dans la plus grande partie de sa largeur ; il crut plus sûr de descendre par la rue Saint-Honoré , et de faire le tour par les vieux boulevards ; il arriva heureusement au rendez-vous. Tout le monde
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passa du carrosse de remise dans la voiture de voyage , les gardes-du-corps sur le siège ou derrière. M. de Fersen servit encore de cocher, les deux premiers chevaux étant conduits par son postillon. Quant au carrosse de remise, il fut laissé tout attelé dans la grande rue, sans personne pour le garder ou le ramener chez son maître .
Dans moins de deux heures on arriva à Glaye , qui est le second relais de poste sur la route de Châlons à environ six lieues de Paris. Là, un des gens de M. de Fersen l'attendait avec un cabriolet et deux chevaux pour le ramener à Paris. Quoique la voiture du roi fût neuve , il fallut y faire à Claye quelques réparations qui firent perdre encore du temps : on verra dans la suite de quelle conséquence furent tous ces retards.
Des chevaux de poste furent mis à la voiture du roi, et fournis aux trois courriers sans difficulté. Lorsque M. de Fersen l'eut vue partir, il monta dans son cabriolet pour retourner à Paris. Il y arriva lorsqu'il était déjà grand jour. Tous ses préparatifs étaient faits pour partir sur-le-champ, afin de gagner Bruxelles , où il devait attendre des nouvelles des voyageurs ; mais auparavant il alla à l'Hôtel-de-Ville , à la mairie où logeait M. Bailly , et à l'hôtel de M. de La Fayette , pour s'assurer par lui-même si le départ du roi était encore ignoré. Tout lui parut tranquille dans ces trois endroits , et il en conclut qu'il n'y avait encore aucun soupçon : en revenant de ses courses , il