‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 46 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

monta en voiture, et prit la route de Flandre.

Ce ne fut guère en effet que vers les huit heures du matin qu'on s'aperçut à Paris de la fuite du roi. Il paraît que le premier avis en fut donné à M. de La Fayette ou à M. de Gouvion , par cette femme de garde-robe dont la reine avait pris la chambre . Il y a eu une grande obscurité dans l'espèce de déposition que fit M. de Gouvion, à la barre de l'Assemblée, ce jour là même; et beaucoup de choses inconciliables avec les faits certains que j'ai racontés .

Il dit que , depuis plusieurs jours , il avait entendu parler de projet dejuite du roi : jusque-là il a raison ; quelque secret qu'on eût mis , il avait transpiré d'une manière vague que le roi songeait à fuir, on l'avait annoncé dans quelques-uns des journaux des jacobins du temps, plus de quinze jours avant l'événement: mais les auteurs de ces libelles étaient tellement décriés par les faussetés notoires et les absurdités dont ils remplissaient leurs journaux, qu'ils ne devaient pas faire plus d'impression sur les gens sensés cette fois-ci que les autres. Il est même bien difficile de savoir si, dans cette occasion, ils parlaient d'après des notions vagues du secret du roi, qui auraient pu aller jusqu'à eux, ou si c'était une de ces choses qu'ils inventaient tous les jours au hasard , et qui s'est trouvée fortuitement vérifiée par l'événement.

Mais dans son rapport M . de Gouvion articule que plusieurs jours auparavant une personne croya-

ble ( qu'il fait entendre être une femme du château des Tuileries ) avait averti du projet de fuite , et l'avait annoncé pour la nuit du 20 au 1 1 , d'une manière assez précise pour désigner jusqu'à la porte par laquelle elle devait s'effectuer (qui est celle par laquelle le roi passa effectivement ) ; que sur cet avis , lui M. de Gouvion ne voulut s'en rapporter qu'à lui-même pour la surveillance de ce jour-là, et quil passa, avec d'autres officiers , la nuit à observer cette porte sans s' apercevoir de rien; que cependant le lendemain la même personne qui l'avait prévenu , vint lui apprendre que le roi et la famille royale s'étaient échappés par cette porte. C'est ce récit , à tous égards inconcevable, qui a sans doute fait croire à quelques personnes que M. de La Fayette savait la fuite et l'avait secrètement favorisée (1). Il est certain que le roi et la reine non-seulement n'avaient pas confié leur secret à M. de La Fayette, mais qu'ils avaient toujours cru avoir le plus grand intérêt à le lui cacher.

(i) M. de Gouvion et M. de La Fayette furent accusés de négligence ou de connivence. Si le premier en eût été coupable , il n'aurait pas fait le récit qu'on vient de lire. Quant au second , il n'inspirait aucune confiance à la famille royale. S'il avait voulu la laisser passer, c'eût donc été pour la faire arrêter ensuite. Mais dans cette supposition , il l'aurait fait avant que les princes n'arrivassent a Varennes, où ses émissaires ne parvinrent qu'au moment du retour des illustres voyageurs ; il n'aurait pas pris sur lui de donner des ordres d'arrestation avant la réunion de l'Assemblée. Il n'apprit l'évasion que par M. Dandré, en même temps que M. de Montmorin. ( Note des rwuv. édit, )

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