CHAPITRE IV. gi
Le peu de personnes à qui il avait fallu le confier , étaient tellement sûres qu'il est encore certain qu'aucune d'elles ne l'a trahi. Il n'est cependant pas absolument impossible qu'il eût été pénétré , du moins en partie , par quelques autres qui ont pu transmettre à M. de La Fayette ou à M. de Gouvion ce qu'elles savaient et ce qu'elles conjecturaient, et qu'ainsi l'un et l'autre en ayent eu quelques notions plus ou moins précises. Eux seuls auraient pu dire jusqu'à quel point ils étaient instruits et par quel motif, supposé qu'ils le fussent, ils n'ont pas pris plus de précautions qui auraient suffi pour empêcher la fuite .
La reine m'a paru croire quelquefois qu'ils connaissaient le projet , mais elle ne m'a pas dit sur quoi elle fondait cette conjecture. Quoi qu'il en soit de ce point qui probablement sera toujours dans le nuage, M. Dandré, qui marquait alors beaucoup dans l'Assemblée etqui avait fini par se donner secrètement au roi de qui il recevait mille écus par mois, par l'entremise de M. de Montmorin, fut instruit de la fuite le premier de tous. Je n'ai pas su par qui; mais dès six heures du matin il se rendit chez M, de Montmorin pour lui apprendre cet événement : ce ministre était dans la plus grande sécurité sur ce point là. Le roi, qui avait alors en lui une confiance qui lui paraissait entière , ne lui avait rien laissé entrevoir de son projet. Son premier mouvement fut de ne pas croire à l'avis , parce qu'il se croyait trop sûr de l'amitié du roi pour penser que Sa Majesté ne l'eût
pas prévenu d'une chose qui pouvait compromettre très-sérieusement sa sûreté , comme l'événement l'a prouvé ; mais il ne put en douter long-temps en recevant une lettre que le roi avait laissée pour lui. Elle lui fut apportée de très-bonne heure , lorsque M. Dandré était encore chez lui ou ne faisait que d'en sortir. Cette lettre était simplement pour lui apprendre le départ du roi et lui dire d'attendre ses ordres. Je dois à M. de Montmorin la justice de consigner ici qu'il oublia dans ce moment ses propres périls , pour se livrer avec la plus grande sincérité à la joie de savoir son roi échappé aux dangers de la sortie de Paris qui paraissaient le plus à craindre.
Cette lettre n'était pas le seul écrit que le roi eût laissé. Il y avait une autre lettre pour les ministres, qui leur défendait de rien signer et de rien expédier sans de nouveaux ordres de sa part ; il y avait une déclaration contenant les motifs de son départ, toute écrite de sa main , faite par lui et qui n'était connue que de la reine. Cet écrit et les lettres furent envoyés ou remis cachetés à M. de La Porte , intendant de la liste civile , avec ordre d'envoyer les lettres à leur adresse , dans la matinée du 2 1 , et de faire lire la déclaration à l'Assemblée dans le même temps. On trouvera , dans les papiers publics du temps , la manière courageuse dont M. de La Porte s'acquitta de cette commission périlleuse.
Les autres précautions que le roi et la reine avaient prises av*ant leur départ, avaient été, i° de faire partir Monsieur, frère du roi, et Madame, dans la