CHAPITRE IV. Cp
nuit où eux-mêmes s'éloignaient, en leur faisant prendre la route de Flandre. 20. La reine avait brûlé tous les papiers qu'elle avait et qui pouvaient compromettre les personnes avec qui elle avait été en relation; le roi avait de même brûlé une grande partie des siens et mis les autres en sûreté. 5°. Le roi et la reine avaient emporté -une assez petite somme en or et six cent mille francs en assignats. Ces sommes étaient indépendantes des fonds mis à la disposition de M. de Bouille, soit pour prendre des mesures, soit pour les besoins du premier moment. Je n'ai pas su de combien elles étaient; mais il paraît qu'à l'époque de la fuite du roi , il restait clans les mains de ce général environ un million dont il a rendu compte.
Je ne sache pas qu'on eût porté la précaution jusqu'à s'assurer d'avance de fonds plus considérables. On avait calculé avec assez de raison que si le projet réussissait, on serait assez à temps de s'en procurer , soit par des emprunts dans les pays étrangers , soit par les recettes des provinces que le roi devait se flatter de voir se déclarer pour lui.
Je ne parlerai pas de ce qui se passa à Paris , au moment où la fuite du roi fut connue. On en trouve le récit dans tous les papiers du temps ; et étant alors fort éloigné du lieu de la scène, je n'ai pas eu là-dessus des notions particulières. Je me borne à une seule remarque sur cet objet, qui pourra paraître singulière , mais qui n'en est pas moins vraie , c'est que, malgré la fermeté que montra l'Assemblée
dans cette circonstance , les ordres donnés et les précautions prises par elle pour faire arrêter le roi et le ramener à Paris , la très-grande majorité , du moins ceux qui avaient une opinion à eux, regardait cet événement comme heureux , et faisait des vœux secrets pour qu'il réussît , mais par des motifs différens. Le côté droit entier, qui faisait près du tiers de l'Assemblée, y voyait la fin d'un ordre de choses dont il était la victime , et l'espérance d'une contre-révolution. Le côté gauche était divisé en trois sections bien marquées , dont deux voyaient la fuite du roi avec plaisir. La première*, très-peu nombreuse, était composée de républicains qui espéraient, dans cet événement, trouver le moyen de détruire la monarchie , et qui croyaient parvenir plus aisément à leur but, si le roi sortait une fois du royaume. La seconde , diamétralement opposée à celle-là , assez nombreuse et assez influente par les talens des personnes qui la composaient , voulait une révolution , mais trouvait que celle-ci avait déjà outrepassé les bornes. La constitution qu'ils adoptaient, quant au fond , leur paraissait vicieuse en plusieurs points importans, et peu solide, soit par les contradictions dont elle fourmillait , soit encore plus par le défaut de liberté dans l'acceptation du roi. La fuite du monarque , si elle réussissait , amenait nécessairement les choses à une négociation que sa modération connue faisait regarder comme facile , lorsqu'on voudrait s'entendre de bonne foi ; et cette négociation , en faisant disparaître le défaut de li-