CHAPITRE IV. II
Ce projet leur parut extravagant , et ils n'y firent pas plus d'attention qu'à cent autres de la même espèce , qu'imaginaient tous ceux qui voulaient se donner quelque importance ; mais les serviteurs du prince auraient rougi d'être les délateurs de ces malheureux. Il résulta de leur silence, en cette occasion , que le marquis de Favras ayant sondé sur son plan quelques soldats de la troupe de M. de La Fayette, et ayant osé leur faire entendre que ce projet avait la sanction de quelques grands personnages , Favras fut dénoncé au marquis de La Fayette , puis arrêté et envoyé au Châtelet pour y être jugé. Le nom de Monsieur se trouvant impliqué dans la dénonciation , ce prince se hâta d'aller s'en disculper auprès du roi , et en reçut ordre d'aller sur-le-champ à la commune de Paris > afin de prévenir , sans perdre un moment , tous les soupçons qui allaient circuler , et que la méchanceté ne manquerait pas d'envenimer. L'apparition de ce prince à la commune y le ton de franchise et de dignité avec lequel il y parla , eurent le succès qu'il pouvait espérer de cette démarche. M. de La Fayette mit à la poursuite du malheureux Favras un acharnement qui lui sera toujours justement reproché. Le rapporteur du procès, M. Quatremère , entendit de sa bouche ces paroles funestes : « Si M. de » Favras n'est pas condamné , je ne réponds pas » de la garde nationale. »
Favras fut pendu en place de Grève , pour avoir rêvé une bonne action. ïi excita beaucoup d'inté-
rèt , par la fermeté avec laquelle il soutint son procès et sa condamnation , et par le courage avec lequel il sut mourir ( i ) .
On sent dans quelles alarmes continuelles ces différentes scènes sanglantes faisaient vivre le roi et la reine. Leurs Majestés eurent la douleur de voir, à la suite de l'exécution de Favras, M. de La Fayette placer un énorme canon en batterie, sur le parapet de la partie du Pont-Neuf où était la statue de Henri IV : ce canon , ainsi placé , semblait menacer leur demeure (2).
Il avait été créé des comités des recherches dans l'Assemblée nationale et dans la commune de Paris, qui déjà était une autorité rivale formidable. Elle le devint bientôt davantage , après la formation du club des patriotes , qui se rassembla dans le couvent des Jacobins de la rue Saint-Honoré , par les soins de M. le duc d'Aiguillon, de MM. de
(1) Thomas Mahy , marquis de Favras , était un homme d'une imagination ardente et fertile en projets. Avant la révolution , il en avait proposé plusieurs qui ne furent point accueillis. Celui dont il est question n'a pas été prouvé, quoique l'auteur des Mémoires paraisse n'admettre aucun doute sur son existence. Les détails qu'il donne se trouvent dans les dépositions de trois hommes obscurs, sur le témoignage desquels Favras fut condamné. Au moment de l'exécution il persista dans ses dénégations , disant seulement qu'un grand seigneur de la cour l'avait chargé de surveiller le faubourg Saint-Antoine. Voyez les Mémoires de Ferlières. {Note des iioup. édit.)
(2) Ce canon avait été placé sur le terre-plein du Pont-Neuf, pour donner ou répéter le signal des fêtes , et suppléer au canon de la Bastille qui avait eu la même destination. {Note des nouv. édit)