CHAPITRE IV. I
semblante , et la compara quelque temps avec celle qu'il avait sous ses jeux : l'attention qu'il y mit fut si marquée , qu'elle n'échappa point à la reine , et qu'elle redoubla ses inquiétudes. Il était alors huit heures moins un quart.
Quelque assuré que Drouet crût être que le roi était dans la voiture, il n'osa sonner l'alarme à Sainte-Ménehould , soit crainte des dragons , soit que le départ de la voiture l'en empêchât ; mais il prit la résolution de la suivre , pour la faire arrêter lorsqu'il en trouverait la possibilité. Il communiqua sa découverte et sa résolution à sa femme , qui fit et dit inutilement tout ce qu'elle put pour l'en empêcher ; il monta à cheval et suivit la voiture .
M. de Damas, posté à Clermont, avait reçu l'ordre de M. de Bouille de faire monter sa troupe à cheval , une heure après le passage des voitures , et de se rendre par Varennes à Montmédy. Il avait su , par un valet de chambre de la reine , nommé Léonard, que M. de Choiseul avait amené avec lui , et qu'il avait fait repartir à quatre heures et demie de Pont-de-Sommevelle , pour se rendre à Stenay, le retard considérable dans l'arrivée de la voiture , et l'inquiétude que la non-arrivée du premier courrier occasionait. Il voyait approcher l'heure de la retraite qui ne permettait plus de tenir les chevaux sellés , surtout dans un temps de révolution , où tout donne lieu à une émeute dans une ville naturellement mauvaise , qui murmurait
lût» MÉMOIRES DE WEBER.
des dispositions qu'elle voyait faire dans ses murs. M. de Damas , livré à toutes ces idées , se promenait sur la place , lorsqu'il vit arriver la voiture. Il s'en approcha, causa un instant avec Leurs Majestés, et le roi lui ordonna , en peu de mots , de faire ce qu'il pourrait pour le suivre avec ses dragons , et de laisser partir sans rien dire.
Lorsque la voiture eut relayé , ce qui fut trèspromptement fait , M. de Damas alla donner l'ordre à ses cavaliers de monter à cheval pour se mettre en bataille sur la place , et se rendre de là à Mouzon. L'ordre fat exécuté assez vite; mais, quoique la voiture du roi fût déjà loin , et que , par conséquent, ce mouvement ne parût pas avoir de rapport à elle , le peuple , qui était en assez grand nombre sur la place , sembla s'opposer au départ : M. de Damas donna ordre à ses cavaliers de mettre le sabre à la main et de partir ; au lieu d'obéir, ils firent presque tous un mouvement comme pour renfoncer davantage dans le fourreau , et restèrent à leur place. En ce moment, les officiers municipaux parurent et requirent en forme M. de Damas de renvoyer ses cavaliers dans leurs casernes , et de différer leur départ jusqu'au lendemain matin. M. de Damas voyant qu'il ne pouvait plus rien , abandonna sa troupe en criant : Qui m'aime me suive ! et prit la route pour tâcher d'atteindre la voiture. Il ne fut suivi que de deux ou trois personnes.
Il y a lieu de croire que ce qui se passa à Cler-