CHAPITRE IV. IO
mont , après le départ du roi , fut moins l'effet des circonstances que celui de l'arrivée de Drouet qui suivit de près le départ de la Voiture . Il y a apparence qu'il fit part de sa découverte à la municipalité, et qu'il vint à bout d'empêcher, par-là, la troupe de M. de Damas de partir pour suivre le roi. 11 paraît , en effet, qu'il arriva à Clermont au moment où Sa Majesté en partit , ou peu de temps après. Il prit un cheval frais pour courir après la voiture du roi et le prévenir à Verdun, où il croyait qu'il allait. Il fut observé par un maréchaldes-logis de royal-dragons , homme de confiance , qui monta à cheval à Sainte-Ménehould , lorsque l'émeute y éclata. Ce brave homme pénétra le dessein du perfide Drouet. Résolu de faire tous ses efforts pour l'empêcher, il s'échappa adroitement de la surveillance de ses camarades et du peuple, et se mit à le suivre. Le désir de ménager son cheval , qu'il croyait avoir une longue course à fournir, le fit d'abord aller trop lentement ; ensuite Drouet s'étant jeté dans les bois, à gauche de la grande route , il perdit ses traces et ne put l'atteindre.
A une certaine distance de Clermont où le chemin se sépare en deux , dont l'un mène à Verdun et l'autre à Varennes, le roi donna l'ordre de prendre le second ; il l'avait passé depuis assez longtemps , lorsque Drouet arriva au même endroit. Celui-ci ne doutant pas que le roi allât à Verdun , prit , sans balancer, la route qui y mène. Vraisemblablement il ne se serait pas aperçu assez à temps
de son erreur, si le hasard ne lui avait fait rencontrer un postillon qui revenait de conduire un courrier à Verdun. Il lui demanda s'il n'avait pas trouvé une berline à six chevaux allant à Verdun, et si elle était encore bien éloignée. Sur la réponse du postillon , qu'il n'avait rien vu , il ne douta plus qu'elle n'eût pris la route de Varennes , et que c'était là où il fallait tâcher d'arriver avant elle : au lieu de revenir sur ses pas , il prit un chemin de traverse qui menait à Varennes assez directement , et fit tant de diligence , qu'il y arriva avant le roi.
J'ai dit plus haut que le roi devait trouver dans cette ville un relais et une escorte de soixante hussards. Le relais était arrivé le i\ ; il appartenait à M. de Choiseul, et devait être placé par M. de Goguelas. Les hussards n'y étaient arrivés que dans la soirée du 20 , sous le prétexte du convoi qu'ils devaient escorter. La municipalité , qui avait déjà conçu des soupçons à l'arrivée et au séjour du relais, en prit encore de plus grands , en voyant entrer le détachement. Les hussards furent casernes par elle à l'ancien couvent des Cordeliers, situé en deçà du pont , et le commandant , M. Rodwell, jeune homme de dix-huit ans, fut logé chez un bourgeois , du même côté de la ville. Le relais qui devait être placé dans une espèce de ferme , à l'entrée de Varennes du côté de Clermont , s'arrêta dans une auberge de l'autre côté du pont , c'est-à-dire à l'extrémité contraire à celle où le roi devait le trouver.