‹ Mâemoires du marquis de Ferriáeres (volume 3)Chapitre 56 sur 151 · CHAPITRE IV. IO · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. IO

M. de Bouille , dès le 21 au matin , envoya son second fils, le chevalier de Bouille, et M. de Raigecourt , dont les uniformes ressemblaient à celui de Lauzun , avec l'instruction de faire placer le relais tout dispose pour l'arrivée du roi , et de venir l'avertir de tous les événemens.

La fermentation qui régnait dans Varennes leur fît penser qu'il serait prudent de ne faire aucun mouvement , jusqu'au signal qui devait leur être donné assez à l'avance par M. de Goguelas ou par un courrier. Ils se bornèrent à dire à M. de Rodwell, qu'ils ne crurent pas devoir instruire de la vérité , de faire tenir ses gens prêts à partir au premier ordre ; il paraît que celui-ci négligea entièrement cet avis , ignorant de quelles grandes destinées il était en ce moment le dépositaire.

Le roi arriva vers onze heures du soir. La maison où devait être le relais lui était si bien désignée, qu'il la connut aisément , et y frappa pour demander ses chevaux : on ne put lui en donner aucune nouvelle. Ne voyant personne qui pût l'instruire , il entra dans la ville haute , et mit pied à terre avec la reine. Celle-ci frappa à plusieurs portes, sous le prétexte de demander des nouvelles de son relais , mais en effet pour voir si le hasard ne lui ferait pas rencontrer quelques-unes des personnes qui devaient l'attendre à Varennes. Toutes ses recherches furent vaines : personne de ceux qui étaient employés dans cette petite ville n'ayant songé à faire tenir quelqu'un du coté où le roi devait ar-

river afin de l'instruire. Leurs Majestés, après setre promenées quelque temps dans la ville haute, proposèrent aux postillons de passer outre. Ils s'en défendirent , par la raison que leurs chevaux étaient excédés , et qu'ils ne pouvaient aller plus loin sans se reposer et manger. Après cette contestation , qui dura assez long-temps , le roi obtint qu'ils le conduiraient de l'autre côté du pont. Il remonta en voiture avec la reine.

Cependant Drouet , qui était à Varennes un peu avant la voiture , n'avait pas perdu un moment pour mettre des obstacles à leur passage. Son premier soin avait été d'instruire le procureur de la commune , nommé Sausse , et de le déterminer à faire arrêter le roi. Il n'eut pas de peine à le lui persuader ; ce Sausse était une espèce de fanatique de révolution , mais qui ne manquait pas d'adresse. Il expédia sur-le-champ des ordres pour rassembler la garde nationale de Varennes , et faire entourer le couvent des Cordeliers où étaient les soixante hussards. Il envoya en même temps des émissaires avertir dans les bourgs et villages des environs , pour faire arriver à Varennes les gardes nationales de ces endroits, et dépêcha des courriers à Verdun et à Sedan pour le même objet.

Pendant ce temps-là , Drouet , aidé de deux ou trois hommes déterminés , dont l'un se nommait Billaud , le même qui a été si connu depuis par ses fureurs dans la Convention, renversait de grosses voitures pour barrer le pont , et mettre

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