CHAPITRE IV. III
ainsi un obstacle invincible au passage du roi , s'il le tentait par la force ; cela fait , lui et ses camarades , bien armes , allèrent se placer en embuscade sous une voûte , par laquelle il fallait nécessairement passer -avant d'arriver au pont , et dans le lieu le plus propre à arrêter la voiture. Toutes ces dispositions furent faites dans un si grand silence , que ni les hussards , ni leurs officiers , ni les personnes envoyées par M. de Bouille , ne s'aperçurent de rien.
Lorsque la voiture fut engagée sous la voûte , elle fut arrêtée par Drouet et ses gens , sous prétexte de faire viser les passe-ports des voyageurs par la municipalité de Varennes , et d'y faire reconnaître leurs personnes.
Drouet ne laissa pas échapper un mot qui pût faire croire que c'était le roi : deux fusils armés se croisaient dans la voiture par chacune des portières. Drouet enjoignit assez brutalement aux voyageurs de venir chez le procureur de la commune dont la maison était tout proche. On dit même qu'il porta la main sur le roi. Sa Majesté crut que toute résistance serait inutile , et espérant encore qu'il n'était , ou qu'il ne serait pas reconnu, ou que,du moins, il pourrait être arraché par la force au danger que couraient lui et sa famille , il consentit à suivre Drouet. Sausse eut l'air de les prendre pour de simples voyageurs , il leur demanda leurs passe-ports, et parut les trouver en règle. Il leur dit ensuite que leurs chevaux ne pouvaient aller plus
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loin sans rafraîchir; mais comme cela serait un peu long, il les priait de se reposer dans sa maison où ils seraient mieux que dans leur voiture. Il n'y avait pas moyen de reculer. Toute la famille fut reçue dans une salle basse , de la porte de laquelle on pouvait voir tout ce qui se passait dans la rue : ce fut là que se plaça la reine ; elle ne tarda pas à s'apercevoir , que de moment en moment , la foule s'augmentait en dehors , et que la maison était investie. Elle ne put plus douter alors qu'ils ne fussent reconnus et arrêtés.
Cependant la politesse et la dissimulation de M. Sausse , cachées sous le masque de la bonhomie y se soutenait toujours : il quittait de temps en temps ses hôtes , sous le prétexte de faire hâter les chevaux , ou de voir s'ils étaient prêts ; mais en effet pour donner les ordres nécessaires dans les circonstances. Lorsqu'il se trouva assez de monde réuni pour garder la maison où était le roi et les casernes où étaient les dragons , des barricades furent faites dans les rues ; le tocsin fut sonné dans Varennes y et répandu dans les paroisses voisines. A ce signal , les gardes nationales arrivèrent de tous côtés , et l'activité fut telle , qu'en moins de deux heures il y en avait déjà plusieurs milliers réunis dans Varennes.
Ce fut le bruit du tocsin et le tumulte qu'il occasiona, qui donnèrent à M. de Raigecourt et au chevalier de Bouille la nouvelle du malheur qui était arrivé. Voyant qu'ils allaient être arrêtés, ils
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montèrent à cheval , percèrent à travers quelques «ens armes, sortirent de Varennes au milieu de quelques coups de fusils , et prirent le chemin de Stenay pour aller instruire M. de Bouille : ils furent joints quelque temps après par M. de Rodvell , commandant des hussards , et arrivèrent chez M. de Bouille à quatre heures passées, c'est-àdire près de cinq heures après l'arrestation du roi. Il paraît que le jeune commandant des hussards était tranquillement chez lui à l'arrivée du roi , et qu'il y fut gardé d'une manière à ne pouvoir communiquer avec ses gens, qui, comme je l'ai dit, étaient casernes aux Cordeliers. L'arrivée de MM. de Choiseul, de Goguelas et de Boudef fut l'occasion qui lui rendit la liberté. Il y avait déjà une heure que le roi était arrêté , lorsque ces messieurs parurent aux portes de Varennes avec le détachement de quarante hussards qu'ils ramenaient de Pont-de-Sommevelle. Ils trouvèrent quelques pièces de canon et une foule de gardes nationales qui voulurent leur disputer l'entrée.
Ils demandèrent à être reconnus par les hussards qui étaient dans la ville , et dont ils faisaient partie. On alla chercher le commandant, qui, en effet , les reconnut comme étant de sa troupe.
M. de Boudet donna l'ordre à M. de Rodvell de tenter tout ce qui serait en son pouvoir pour là sûreté et la défense du roi et de sa famille ; mais ce jeune homme , soit qu'il eût perdu la tête , soit qu'il vît l'impossibilité de rien faire , n'eut rien de h. 8
plus pressé que de sortir de Varennes , sous prétexte d'aller avertir M. de Bouille , sans donner aucun ordre à sa troupe , et en laissant le commandement à un maréchal-des-logis connu pour sa démocratie.
Cependant le détachement de Pont-de-Sommevelle parvint à la maison où était le roi , devant laquelle il se forma en bataille. Elle était investie d'une garde nationale nombreuse. M. de Choiseul, M. de Goguelas et M. de Damas entrèrent dans la maison pour prendre les ordres du roi , et M. de Goguelas ressortit bientôt après , et dit aux hussards et au peuple que c'était le roi et la reine qui étaient arrêtés. Ces paroles produisirent peu d'effet sur les premiers. Le peuple n'y répondit que par des cris de fureur. M. de Goguelas ordonna néanmoins aux hussards de mettre le sabre à la main , et leur demanda s'ils étaient pour le roi ou pour la nation : ils répondirent : Vive la nation ! nous tenons et nous tiendrons toujours pour elle. Cette réponse , qui ne laissait plus à M. de Goguelas l'espoir d'employer la force , le détermina à feindre d'entrer dans les mêmes sentimens , et dans les dispositions qu'on ferait contre les secours qui étaient annoncés , afin de donner au roi le temps de les recevoir. Les patriotes ne furent pas les dupes de cette feinte ; ils voulurent l'arrêter ; il échappa de leurs mains y fut blessé d'un coup de pistolet y rentra dans la maison de Sausse y et après le départ du roi il gagna , déguisé y Mézières où