CHAPITRE IV. Ïï
il fut arrête , et d'où il fut ensuite conduit à Orléans.
M. de Boudet fut plus heureux ; il se sauva et joignit M. de Bouille. Quant à M. de Choiseul , il resta dans la maison de Sausse , déterminé à suivre le sort du roi.
Lorsque Sausse fut assuré que les gardes nationales étaient assez nombreuses pour ne plus laisser échapper leur proie , il leva le masque , et dit tout haut au roi qu'il le connaissait pour ce qu'il était. Il lui lit des reproches très-amers sur sa fuite, contre sa parole d'honneur, pour aller , dit-il , dans les pays étrangers , et pour faire la guerre au peuple. Il lui déclara ensuite qu'il l'arrêtait au nom de la nation , et qu'il allait le faire reconduire a Paris sous bonne garde.
Le roi chercha d'abord à se défendre d'être le roi, ce qui entraîna une altercation dans laquelle Sausse et ceux qui étaient avec lui s'éloignèrent de plus en plus des bornes du respect. La reine se rapprocha alors , et la fit cesser en disant d'une voix ferme : Si vous le connaissez pour votre roi , parlez-lui donc avec le respect que vous lui devez.
Le roi, voyant que la feinte était désormais inutile , reprit alors le caractère de dignité , de franchise, et même de bonhomie qui lui convenait. La chambre était pleine de monde : il fit faire silence, et , s'adressant à tout ce qui était là , il leur exposa le but et les motifs de son voyage , ses projets, ses bonnes intentions, son ardent désir de
connaître le véritable vœu de ses peuples , que la captivité où on le tenait à Paris , empêchait de parvenir jusqu'à lui ; sa ferme résolution de tout faire pour leur bonheur , quelques sacrifices cju'il en coûtât des droits de sa naissance , de son autorité et de ses intérêts particuliers. Il finit en proposant de se remettre volontairement entre les mains de la garde nationale réunie à Varennes , d'être conduit par elle à Montniédy , ou à telle autre ville qu'elle choisirait , pourvu que ce ne fût pas à Paris, afin d'avoir la faculté d'examiner mûrement la constitution , de s'assurer du véritable vœu de ses peuples , et de concourir librement à tout ce qui pourrait faire leur bonheur. Le roi mit dans ce petit discours , de la majesté , de la bonté , de la simplicité , et même une chaleur et une éloquence fort au-dessus de ce qu'on aurait pu attendre de lui ; il fit la plus grande impression sur ceux qui l'entendirent , et Sausse lui-même en parut tellement frappé et attendri qu'il dit à demj-voix : « Que » rien n'était plus raisonnable que ce qu'il propo- » sait ; mais qu'il était trop tard , et qu'il y allait » de sa tête si le roi ne reprenait pas la route de » Paris. » Il n'était plus, en effet, le maître dans ce moment-là. Drouet et Billaud , et cette foule de gardes nationales qui remplissaient Varennes, n'auraient certainement pas souffert que leur proie leur échappât ; ces ames-là étaient peu faites pour se laisser toucher par les discours du roi , quand même elles auraient été à portée de l'entendre.