CHAPITRE IV. II
En s assurant du roi et de sa famille > on ne manqua pas d'arrêter en même temps les trois gardesdu- corps qui les avaient accompagnés. MM. de Damas et de Choiseul , qui ne s'étaient plus séparés du roi après l'avoir rejoint , furent arrêtés aussitôt que Leurs Majestés furent parties ; et après avoir éprouvé les plus grands dangers , ils furent conduits dans les prisons de Verdun , d'où , un mois après , l'Assemblée nationale envoya M. de Choiseul à la haute cour nationale d'Orléans , et M. de Damas en arrestation à la prison de la Mairie > à Paris.
Il restait encore l'espérance d'être secouru par M. de Bouille. Le roi et la reine se flattaient de le voir arriver à tous les momens. Drouet et Sausse le craignaient , et prenaient toutes les précautions qui dépendaient d'eux. Ils avaient fait des dispositions militaires assez bien entendues , qui , sans doute , leur avaient été suggérées par un M. de Sigemont, chevalier de Saint-Louis , commandant de la garde nationale. Des postes avancés avaient été placés hors de Varennes ; le pont et les rues adjacentes étaient fermés de barricades ; il y avait même quelques mauvais canons. Une troupe nombreuse de gardes nationales avait été placée de ce côté là ; mais la principale de toutes les précautions était d'accélérer le départ du roi pour Paris. De proche en proche , tous les tocsins des environs assemblaient les milices nationales qui recevaient ensuite Tordre d'aller à Varennes en toute hâte. Dès
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qu'il y eut de quoi fournir une forte escorte , indépendamment de ce qui devait fermer l'entrée de Varennes à M. de Bouille , on établit une double file , depuis la maison de Sausse jusque sur l'avenue de Paris. Ce fut alors seulement que l'aide-de-camp Romeuf arriva à Varennes , sur les six heures du matin , par conséquent sept heures après l'arrestation du roi. Il entra dans la ville à travers la double haie des gardes nationales , qui se prolongeait sur les deux côtés de la route , et s'étendait à chaque minute par l'arrivée de nouveaux renforts. Il trouva à la porte de Sausse la voiture du roi y qu'on attelait de six chevaux , tournée vers l'avenue de Paris , et environnée de l'escorte qui allait reconduire le monarque prisonnier. Entré dans la maison , il remit avec honte et douleur le décret de l'Assemblée nationale entre les mains de Sausse, qui l'avait prévenu , et il se flatta d'éviter les regards de la reine. Madame Elisabeth l'aperçut; la reine l'appela , lui demanda comment il avait pu se charger d'une pareille commission , et imputa tous ses malheurs à M. de La Fayette.
Épris de bonne foi des chimères constitutionnelles de son général, enthousiaste de lui et comme lui , le jeune Romeuf avait cependant conservé la candeur de son âge et la pureté d'un heureux naturel. Il répondit à la reine qu'il n'avait jamais cru l'atteindre , et que c'avait été le premier mot que lui avait adressé M. de La Fayette en lui donnant l'ordre d'aller à la découverte; mais