CHAPITRE IV. ïig
que , dans tous les cas , ils avaient pensé , l'un et l'autre , qu'il serait moins douloureux pour la reine de voir auprès d'elle un homme sur le respect de qui elle devait compter. Il chercha ensuite à justifier son général , observant que , loin d'avoir été l'auteur de la catastrophe actuelle , M. de La Fayette avait été au moment de s'en trouver la victime ; que la fureur populaire l'avait rendu responsable de l'évasion du roi ; et que sur la place de Grève on avait descendu la lanterne fatale pour l'y attacher. Il parla des dangers auxquels la reine s'exposait en donnant sa confiance aux ennemis de M. de La Fayette , lequel , sans doute passionné pour la liberté nationale , n'était cependant rien moins que l'ennemi du roi et de sa famille. Il V est, dit la reine, il n'a en tête que ses Étals- Unis et la république américaine, IL verra ce que c'est qu'une république française. Eh bien, Monsieur, poursuivit-elle, montrez-le moi donc ce décret dont vous êtes porteur. Romeuf en remit une copie. Les insolens! dit la reine en le lisant , et elle le rejeta sans avoir été jusqu'à la fin. Le papier tomba sur le lit où dormaient le dauphin et sa sœur. La reine le reprit avec vivacité , et le jeta par terre , en disant : /Z souillerait le Ut de mes enfans. Romeuf lui dit à demi-voix , avec des larmes qui roulaient dans ses yeux : La reine aimerait-elle mieux qu'un autre que moi fût témoin de tous ces mouvemens ? La reine fut frappée : Au moins, Monsieur, je vous recommande MM. de Damas , de Choiseul et de
Goguelas , quand nous serons partis. Romeuf , en effet, sauva leurs vies en exposant la sienne.
Cependant M. de Bouille , qui avait passe la nuit auprès de Dun , était dans les plus mortelles inquiétudes de ne point voir arriver de courrier, et de ne rien apprendre sur le sort du roi; craignant quelque malheur , il se porta , à la pointe du jour, du côté de Stenay , centre de ses quartiers , pour donner à tout événement des ordres qui pussent promptement remédier au mal s'il y en avait , et s'il était encore temps. A quatre heures passées, il vit arriver à lui , à toute bride, son fils, M. de Raigecourt , et , ce qui le surprit le plus , le commandant des hussards de Varennes , qui lui annoncèrent la catastrophe qui était arrivée. Sans perdre un moment , il donna sur-le-champ l'ordre à royal-allemand de le joindre ; à M. Klinglin de marcher sur Stenay avec deux escadrons pour contenir la ville , et d'envoyer un bataillon de Nassau à Dun pour garder le passage de la Meuse ; au régiment de Castella de se porter à tire d'aile sur Montmédy ; et aux détachemens de Mouzon et de Dun , d'avancer sur Varennes et d'attaquer en y arrivant. Les dispositions faites , il attendit royalallemand , qui , malgré Tordre qu'il lui avait donne d'être prêt à monter à cheval à la pointe du jour , ne le joignit qu'au bout d'une heure. M. de Bouille lui dit en peu de mots : « Que le roi était arrêté » h. Varennes ; qu'il comptait sur ce brave régiment » pour arracher le roi des mains des patriotes, n Le