CHAPITRE IV
du roi. « Je suis prisonnier, répondit le monarque , » je nen ai plus à donner. »
M. Deslon ayant rejoint son détachement sans être inquiété, voulut encore faire une tentative ; il envoya ordre aux hussards qui étaient dans Varennes et qui étaient restés fidèles , d'attaquer en dedans tandis qu'il attaquerait en dehors. Un brigadier se chargea de cet ordre , mais il ne put parvenir jusqu'à M. de Boudet,qui était enfermé et bloqué aux Cordeliers avec ceux des hussards qui n'avaient pas manqué.
M. Deslon fut donc obligé de rester dans l'inaction et d'attendre l'arrivée de M. de Bouille. Vers les huit heures , il s'aperçut que le roi et la famille royale sortaient de Varennes avec une grosse escorte pour reprendre la route de Paris. En ce moment M. Deslon venait d'être joint par M. le comte Louis de Bouille. Ils crurent pouvoir trouver là une occasion favorable de délivrer le roi. Il fallait pour cela passer la rivière à gué; ils traversèrent avec les hussards un premier bras , mais un canal profond et impossible à franchir ne leur permit pas d'aller plus loin. Désespérés de l'inutilité de leurs efforts , ils se déterminèrent à aller au-devant du marquis de Bouille. Ils le rencontrèrent trèsprès de là, à ]a tète du détachement de Mouzon, qu'il avait trouvé arrêté dans un bois par quelques gardes nationales qui le fusillaient. Après avoir dispersé les patriotes, il marcha en avant avec le détachement, suivi à peu de distance par royal-alie-
mand, que conduisait M. d'Hoffelize. Il faisait déjà ses dispositions pour attaquer Varennes , lorsque M. Deslon lui apprit que le roi était parti depuis une heure et demie.
M. de Bouille alla rejoindre sur-le-champ royalallemand et M. d'Hoffelize; il proposa de suivre toujours sa route et de tenter un dernier effort. Le régiment, quoique harassé par un trajet de neuf 1 eues fait en quatre heures et demie , montra les meilleures dispositions , et offrit de mettre pied à terre pour enlever les barricades de Varennes ; mais on représenta au général , qu'outre les barricades , le pont se trouvait rompu en quelques endroits ; que personne ne connaissait de gué ; qu'il était tout au plus possible de faire quatre lieues avec les chevaux harassés d'une course de neuf lieues qu'ils venaient de faire ; que ces quatre lieues ne suffisaient pas pour atteindre le roi qui avait une heure et demie d'avance; qu'enfin on allait être coupé par la garnison de Verdun, qui marchait avec du canon. Elle arriva en effet à Varennes , une demi - heure après que M. de Bouille en fut parti. Telles furent les raisons invincibles qui déterminèrent le marquis de Bouille à renoncer à tout projet de tentative pour sauver le roi. Elles n'auraient, en effet, abouti k autre chose qu'à verser le sang inutilement, et à mettre la famille royale dans un péril imminent d'être massacrée\ 11 est évident, pour quiconque a connu ce général, qu'étant un des hommes les plus hardis, les plus entreprenans et les plus courageux